26 mars 2021

Comment et pourquoi les librairies sont-elles devenues des commerces essentiels?
Temps de lecture : 4 min

Jeanne Bahu
Diplômée d'un Master 2 de Droit de l'Université de Lille 2. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.

L’hexagone voit progressivement s’installer le premier confinement de 2021. Ce fut d’abord un confinement localisé et limité au week-end dans certaines villes exposées au virus, et c’est désormais un confinement 7 jours sur 7 dans plusieurs départements de France dont l’Ile-de-France. Le 25 février 2021, le décret 2021-217 est publié et donne la liste des commerces autorisés à ouvrir malgré les confinements. À la surprise générale, les librairies sont devenues des commerces essentiels et viennent, avec les disquaires, grossir la liste des magasins pouvant rester ouverts. Les librairies sont-elles alors sur la voie de la reprise?

Comment les librairies sont-elles devenues des commerces essentielles?

Ouvrir une librairie et la maintenir à flot est, depuis un an, un vrai casse-tête.  En France, comme en Allemagne, personne ne sait sous quel statut placer les librairies, commerces essentiels ou non ? En novembre dernier, les librairies étaient considérées avec les fleuristes comme des commerces non essentiels devant respecter un protocole particulier pour ouvrir leurs portes.

Le 25 février dernier, le gouvernement français a tranché, les disquaires et les libraires sont bien devenus des commerces essentiels, on peut lire dans le décret que peuvent rester ouverts, entre autres, les “commerces de détail de livres” et les “commerces de détail d’enregistrements musicaux et vidéos”.  L’ouverture des librairies sera donc possible malgré la nouvelle vague de Covid-19.

Cette approbation a été obtenue de haute lutte puisqu’elle a nécessité la mobilisation des lecteurs, signataires d’une pétition pour ouvrir à nouveau les librairies, du syndicat de la librairie française, du syndicat des éditeurs, mais aussi de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, et du ministre de l’Économie, Bruno le Maire. 

Plusieurs arguments ont été avancés par les principaux protagonistes pour justifier de l’importance de la réouverture de ces commerces: 

  • La transmission des savoirs et des connaissances
  • La réduction du préjudice économique lié à l’interdiction d’accueillir du public
  • La faible rentabilité des librairies de manière générale. 

Pourquoi les librairies sont-elles devenues des commerces essentiels? 

L’aspect culturel

Lorsque les librairies sont devenues des commerces essentiels, les livres sont devenus à leur tour des biens de première nécessité. C’est une notion qui peut être débattue mais qui reste justifiable. Les libraires sont les mieux placés pour en parler, un accès à la connaissance est favorisé par une rencontre avec un professionnel. 

Beaucoup de livres ne sont pas vendus sur internet, et au-delà de cette idée, les professionnels et les lecteurs assurent que le dialogue et les recommandations effectuées par les libraires sont extrêmement utiles pour faire un choix éclairé. Les librairies ouvertes durant le confinement permettent ainsi à un public de continuer à bénéficier de moyens de culture.

C’est un discours qui peut évidemment être repris par tous les commerçants, mais les libraires se distinguent en ce qu’ils vendent des objets de culture. Dans un monde où les musées, les expositions et les monuments sont fermés au public, le Gouvernement décide de favoriser l’accès aux livres comme principales sources de culture. 

L’aspect économique

Il y a également un aspect économique primordial derrière la reconnaissance des librairies comme commerces essentiels

La présidente du syndicat de la librairie française Anne Martel assure que la librairie est “économiquement le commerce le moins rentable de France”. 

Les librairies en tant que commerces indépendants n’étaient pas toujours bien équipées pour vendre leurs livres en ligne. En effet, ces commerces favorisaient la rencontre directe avec le client et le “tissage du lien social” comme on pouvait lire dans la pétition “Monsieur le Président, faisons le choix de la culture en rouvrant les librairies”. 

Pour les librairies, la réouverture durant le confinement apparaît également comme un soulagement face aux difficultés qu’elles ont pu subir durant les premiers confinements pour se moderniser. 

Créer un site internet, y entrer tous les titres présents en magasin, organiser les réservations en ligne et les retraits en magasins, toutes ces démarches ont pris un temps considérable aux libraires qui n’étaient pas forcément aptes à effectuer si rapidement un tel changement.Surtout qu’une difficulté supplémentaire s’est immiscée : se mettre en conformité avec le droit de la consommation. En effet, l’informatisation ne pouvait se faire au gré des libraires mais en respectant un processus bien précis. 

En effet, pour favoriser l’attractivité de l’offre éditoriale, les librairies ont mis en place des systèmes de click and collect. Les lecteurs ont alors vu naître des librairies en ligne. Durant le second confinement, à partir de novembre, les libraires étaient autorisés à vendre leurs livres sur le seuil de leur porte, à ceux qui avaient réservé au préalable. Le fait de reconnaître les librairies comme des commerces essentiels va donc leur permettre de ré ouvrir les portes de leur magasin au public et de pouvoir accélérer les ventes. Beaucoup de systèmes de click and collect subsisteront malgré tout, permettant aux libraires de s’ouvrir à un second marché, la vente en ligne, un point non négligeable pour rattraper le retard de ventes depuis mars 2020.

Les aides toujours en place

S’est alors mise en place une aide à la modernisation grâce à trois acteurs majeurs, le gouvernement, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) et le Centre national du Livre (CNL). Cette aide spécialement dédiée aux libraires vient compléter les aides Covid-19 et éviter un recours au chômage partiel. Avant même que les librairies ne soient reconnues comme des commerces essentiels, l’aide à la modernisation permettait déjà de souligner la nécessité de modernisation des librairies pour leur permettre de subsister.

Ces aides sont distribuées de façon aléatoire aux libraires en fonction de plusieurs critères: 

  • la compétence, la productivité, la compétitivité
  • la contribution à la cohésion territoriale et à la vitalité des centres-villes
  • la qualité de la gestion informatique et des outils de vente à distance.

Les projets éligibles sont les suivants : 

  • un projet de modernisation pas encore engagé
  • un projet qui n’a pas encore fait l’objet d’une aide à la modernisation
  • s’il s’agit d’un agrandissement de la surface de vente, celui-ci doit faire au moins 25m2
  • représenter au moins 20.000 € HT

Seules les librairies indépendantes peuvent demander cette aide. Elles doivent avoir au moins un an d’activité et doivent remplir plusieurs conditions précises de stock.

Cette aide a pour but de permettre aux librairies de réaliser des travaux de rénovation, d’acquérir du mobilier, du matériel, des équipements et outils informatiques.

La subvention peut s’élever à un montant de 10.000 à 150.000 €. Le CNL participe à la hauteur de 70% maximum sur chaque projet. Au vu de l’avis du comité, c’est le Président du centre qui prend la décision finale.

À noter : cette subvention peut être demandée deux fois par an pour des projets différents. Un plafond annuel, en année glissante, est fixé à 200.000 €.

Ainsi, les librairies semblent bénéficier d’un vrai soutien de la part du gouvernement qui compte les aider non seulement à se moderniser, mais aussi à réparer le préjudice causé par l’interdiction d’accueil du public pendant plusieurs semaines. La reconnaissance des librairies comme commerces essentiels va leur permettre de reprendre leur souffle et d’envisager la reprise de manière plus sereine.

Mise à jour : 26/03/2021

Rédacteur : Jeanne Bahu, diplômée d'un Master 2 de Droit de l'Université de Lille 2. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.

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