Privacy by Design : tout ce qu’il faut savoir
Diplômé de l'ESSEC Business School.
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L'essentiel de l'article :
Depuis le 14 avril 2026, la CNIL encadre l'utilisation des pixels de suivi dans les emails. Ces images invisibles, intégrées dans les newsletters et campagnes marketing, permettent de savoir si un destinataire a ouvert un message. La recommandation classe ces pixels parmi les traceurs soumis aux mêmes règles que les cookies.
Qu'est-ce qu'un pixel de suivi et comment fonctionne-t-il ? Quels emails sont concernés par l'obligation de consentement ? Comment adapter vos campagnes d'emailing pour respecter les nouvelles exigences ? Legalstart fait le point sur les règles à respecter.
Mini-Sommaire
Le pixel de suivi (aussi appelé pixel tracking ou pixel espion) est une image d'un pixel sur un pixel, intégrée dans le code HTML d'un email et invisible pour le destinataire.
Lorsque le destinataire ouvre l'email et que son client de messagerie charge les images, cette image minuscule est téléchargée depuis un serveur distant. Ce chargement déclenche la transmission de plusieurs informations :
Chaque pixel contient un identifiant unique associé à l'adresse email du destinataire, ce qui permet de rattacher les données collectées à une personne identifiable.
À noter : le pixel de suivi ne se limite pas aux emails marketing. Il peut être intégré dans des emails transactionnels (confirmations de commande, alertes de compte) ou dans des newsletters d'information. C'est la finalité du suivi, et non le type d'email, qui détermine le régime juridique applicable.
La CNIL a publié le 14 avril 2026 sa recommandation relative aux pixels de suivi dans les courriers électroniques (délibération n° 2026-042 du 12 mars 2026). Face au nombre croissant de plaintes reçues sur cette pratique, l'autorité a souhaité clarifier les obligations des entreprises.
Cette recommandation s'appuie sur l'article 82 de la loi Informatique et Libertés (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978), qui transpose en droit français la directive ePrivacy (directive 2002/58/CE). Cet article pose un principe clair : toute opération visant à accéder à des informations stockées sur le terminal d'un utilisateur, ou à inscrire des informations sur ce terminal, nécessite le consentement préalable de la personne concernée.
La CNIL considère que le chargement d'un pixel de suivi constitue une telle opération. En chargeant l'image, le terminal du destinataire transmet des informations (adresse IP, identifiant, horodatage) au serveur de l'expéditeur. Le pixel est donc un traceur au même titre qu'un cookie informatique, soumis aux mêmes règles de consentement.
Important : la recommandation CNIL n'est pas un texte de loi en soi, mais elle interprète et précise l'application de l'article 82 aux pixels de suivi. L'obligation de consentement, elle, découle directement de la loi. La CNIL s'appuie également sur les lignes directrices 2/2023 du Comité européen de la protection des données (CEPD) relatives au champ d'application technique de la directive ePrivacy.
Le principe est le suivant : tout pixel de suivi intégré dans un email à des fins marketing, statistiques ou de profilage nécessite le consentement préalable du destinataire.
Ce consentement doit répondre aux critères définis par l'article 4, paragraphe 11, du RGPD :
Accepter de recevoir une newsletter ne vaut pas consentement au suivi par pixel. Ce sont deux traitements distincts qui appellent deux consentements séparés, ou à défaut une information claire et un mécanisme d'opt-in ou opt-out distinct.
Attention : le consentement recueilli pour les cookies de votre site web ne couvre pas le suivi par pixel dans vos emails. Il s'agit de deux périmètres techniques et juridiques différents, chaque finalité de traçage supposant son propre recueil de consentement.
L'article 82 prévoit deux exceptions au principe de consentement. La CNIL les interprète strictement dans le cadre des pixels de suivi.
Un pixel destiné à mesurer individuellement si un email transactionnel a été ouvert peut être utilisé sans consentement, à condition que :
Les pixels liés à la sécurité et à l'authentification (détection de connexions suspectes, alertes de sécurité) sont exemptés de consentement lorsqu'ils sont strictement nécessaires au service demandé par l'utilisateur.
Bon à savoir : en dehors de ces deux cas, le consentement reste obligatoire, y compris pour les emails envoyés en B2B. L'exemption prévue par l'article L. 34-5 du Code des postes et des communications électroniques porte uniquement sur l'envoi de l'email commercial lui-même, pas sur le suivi par pixel.
La période transitoire de trois mois accordée par la CNIL a expiré le 14 juillet 2026. Les entreprises utilisant des outils d'emailing doivent respecter les règles suivantes.
Identifiez tous les pixels intégrés dans vos campagnes. La plupart des plateformes d'emailing (HubSpot, Brevo, Mailchimp, ActiveCampaign) activent le suivi d'ouverture par défaut. Recensez pour chaque campagne les données collectées et les finalités poursuivies.
Si vos pixels servent une finalité marketing ou statistique, vous devez recueillir un consentement spécifique. Plusieurs approches sont possibles :
Votre politique de confidentialité doit mentionner l'utilisation de pixels de suivi, les finalités poursuivies, la durée de conservation des données et les modalités de retrait du consentement. La mise en conformité de vos mentions d'information est une étape indispensable.
L'organisation qui décide d'intégrer des pixels dans ses emails est responsable de traitement, même si le routage est confié à un prestataire. Un contrat de sous-traitance conforme à l'article 28 du RGPD doit encadrer la relation avec votre plateforme d'emailing.
La CNIL a annoncé qu'elle procéderait à des contrôles pour vérifier le respect de sa recommandation. L'autorité n'a pas précisé de montant de sanction spécifique aux pixels de suivi, mais les manquements au recueil de consentement relèvent du cadre général du RGPD.
Conformément à l'article 83 du RGPD, les sanctions administratives peuvent atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial, selon le montant le plus élevé. Des mesures correctives préalables (mise en demeure, injonction de cesser le traitement) sont également possibles.
Pour les entreprises utilisant des données personnelles à grande échelle dans leurs campagnes d'emailing, le risque est d'autant plus significatif que la CNIL a explicitement ciblé cette pratique dans son programme de contrôles.
À noter : la CNIL prévoit d'accompagner les professionnels dans les prochains mois, notamment à travers des webinaires dédiés à la mise en conformité des pixels de suivi.
Résumer cet article avec :
Thomas Wittenmeyer
Diplômé de l'ESSEC Business School.
Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.Fiche mise à jour le
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