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Fiches pratiques Gérer une entreprise Comptabilité Qu’est-ce que le résultat opérationnel ?

Qu’est-ce que le résultat opérationnel ?

Léna Cazenave - Image

Léna Cazenave

Diplômée d'un Master 2 en droit de la propriété intellectuelle de l'Université d'Aix-Marseille. 


Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.
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 L'essentiel de l'article :

  • Le résultat opérationnel est un agrégat financier issu des normes IFRS qui mesure la performance de l’activité courante d’une entreprise, hors résultat financier, exceptionnel et impôt sur les sociétés.
  • Équivalent français de l'EBIT anglo-saxon, il est utilisé par les sociétés cotées dans leurs comptes consolidés depuis l'application obligatoire des normes IFRS en 2005.
  • On distingue le résultat opérationnel courant (ROC), qui isole les flux récurrents, du résultat opérationnel global, qui intègre les autres produits et charges opérationnels (restructurations, dépréciations d’actifs).
  • Sa logique est proche du résultat d’exploitation du PCG français, mais sa présentation et sa portée diffèrent.

Quand un dirigeant ou un analyste financier examine la performance d’une entreprise cotée, il regarde rarement le résultat net. Il s’intéresse à un agrégat plus discriminant : le résultat opérationnel. Cet indicateur isole la rentabilité de l’activité économique, sans être brouillé par les choix de financement, les événements exceptionnels ou la fiscalité. C’est pour cette raison que les communiqués financiers du CAC 40 le mettent en avant.

Comment se calcule-t-il ? En quoi diffère-t-il du résultat d’exploitation du Plan Comptable Général français ? Que recouvre la notion de résultat opérationnel courant ? Voici tous les points pour comprendre cet indicateur central de l’analyse financière et de la communication financière des sociétés cotées.

Mini-Sommaire

Qu’est-ce que le résultat opérationnel ?

Définition du résultat opérationnel

Le résultat opérationnel mesure la performance économique dégagée par l’activité courante d’une entreprise. Il correspond à la différence entre les produits d’exploitation (chiffre d’affaires, production stockée, subventions, etc.) et les charges d’exploitation (achats, charges de personnel, dotations aux amortissements, etc.).

Cet agrégat exclut volontairement trois catégories d’éléments :

  • le résultat financier (intérêts d’emprunt, produits de placement) ;
  • certains éléments à caractère exceptionnel ou non récurrent ;
  • l’impôt sur les sociétés.

L’objectif est d’isoler la performance intrinsèque du modèle économique, indépendamment des choix de financement, de la fiscalité et des événements ponctuels.

Une origine internationale : les normes IFRS

Le résultat opérationnel n’est pas un solde du Plan Comptable Général français. Il provient des normes comptables internationales, en particulier de la norme IAS 1 « Présentation des états financiers ». Ces normes sont obligatoires pour les comptes consolidés des sociétés cotées sur un marché réglementé européen depuis le 1er janvier 2005, en application de l’article L233-24 du Code de commerce.

 À noter : la norme IAS 1 ne définit pas précisément le résultat opérationnel et laisse aux entreprises une marge dans sa présentation. C’est pour combler cette absence de standardisation que l’Autorité des normes comptables a publié la recommandation CNC n°2009-R.03 du 2 juillet 2009, qui propose un format à trois niveaux pour les sociétés françaises.

À quelles entreprises le résultat opérationnel s’applique-t-il ?

Le résultat opérationnel concerne au premier chef :

  • les sociétés cotées (CAC 40, SBF 120, valeurs cotées sur Euronext) qui publient leurs comptes consolidés en IFRS ;
  • les groupes non cotés qui choisissent volontairement le référentiel IFRS pour leurs comptes consolidés (option ouverte par le Code de commerce) ;
  • les entreprises qui produisent un reporting financier interne ou à destination d’investisseurs internationaux.

Pour les entreprises non cotées qui appliquent uniquement le PCG français, on parle plutôt de résultat d’exploitation.

Résultat opérationnel et résultat d’exploitation : quelles différences ?

Les deux notions sont étroitement liées et souvent présentées comme synonymes. En réalité, elles renvoient à deux référentiels comptables distincts qui structurent différemment le compte de résultat.

À noter : le règlement ANC n° 2022-06 du 4 novembre 2022, applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, a redéfini strictement la notion de résultat exceptionnel dans le PCG. Désormais, seuls les événements à la fois majeurs et inhabituels y figurent. Une partie des opérations auparavant classées en exceptionnel bascule en résultat d'exploitation, ce qui rapproche significativement la présentation française de la présentation IFRS sans toutefois les confondre.

Le résultat d’exploitation : un solde du Plan Comptable Général

Le résultat d’exploitation est un solde intermédiaire de gestion (SIG) du Plan Comptable Général français. Il s’affiche dans le compte de résultat de toutes les entreprises non cotées établissant leurs comptes en normes françaises. C’est un agrégat normatif et standardisé : son contenu est défini par le PCG, et sa formule est identique pour toutes les entreprises.

Le résultat opérationnel : un agrégat IFRS

Le résultat opérationnel relève quant à lui des normes IFRS. Sa présentation est moins normative que celle du résultat d’exploitation : la norme IAS 1 laisse aux sociétés la liberté d’organiser leur compte de résultat selon leur jugement. La recommandation CNC encadre cette liberté pour les sociétés françaises, mais elle ne lie pas les groupes étrangers.

Quand utiliser l’un ou l’autre ?

Le choix entre les deux notions dépend du contexte :

  • dans une PME non cotée qui établit ses comptes en normes françaises, c’est le résultat d’exploitation qui figure dans la liasse fiscale et les comptes annuels déposés au greffe ;
  • dans la communication financière d’un groupe coté, c’est le résultat opérationnel (et son sous-agrégat ROC) qui apparaît dans les rapports annuels et les communiqués trimestriels ;
  • dans l’analyse financière comparative (par exemple, comparer une entreprise française avec une concurrente américaine), c’est le résultat opérationnel qui est utilisé, car il est plus universel.

 À noter : en pratique, le résultat opérationnel et le résultat d’exploitation peuvent aboutir à des montants proches selon les opérations comptabilisées. La différence ne tient pas tant au fond qu’à la présentation, au référentiel comptable et au traitement des événements non récurrents.

Comment calculer le résultat opérationnel ?

La formule de calcul

Le résultat opérationnel s’obtient par différence entre les produits et les charges liés à l’activité courante :

Résultat opérationnel = Produits d’exploitation − Charges d’exploitation

Les produits d’exploitation comprennent typiquement :

  • le chiffre d’affaires net ;
  • la production stockée et la production immobilisée ;
  • les subventions d’exploitation ;
  • les reprises sur amortissements et provisions d’exploitation ;
  • les autres produits de gestion courante.

Les charges d’exploitation regroupent :

  • les achats consommés (matières premières, marchandises) ;
  • les charges externes (loyers, sous-traitance, services) ;
  • les charges de personnel (salaires, cotisations sociales) ;
  • les impôts et taxes (hors impôt sur les sociétés) ;
  • les dotations aux amortissements, dépréciations et provisions d’exploitation ;
  • les autres charges de gestion courante.

Exemple chiffré pour une société cotée

Imaginons un groupe industriel coté dont le compte de résultat consolidé présente les éléments suivants pour l'exercice :

  • chiffre d'affaires : 850 millions d'euros ;
  • autres produits d'exploitation : 12 millions d'euros ;
  • achats consommés : 380 millions d'euros ;
  • charges de personnel : 220 millions d'euros ;
  • autres charges externes : 95 millions d'euros ;
  • dotations aux amortissements et provisions : 67 millions d'euros ;
  • charges de restructuration : 15 millions d'euros ;
  • dépréciation d'actifs (goodwill) : 8 millions d'euros ;
  • plus-value de cession d'une filiale : 3 millions d'euros.

Le résultat opérationnel courant (ROC) isole l'activité récurrente :

ROC = (850 + 12) − (380 + 220 + 95 + 67) = 862 − 762 = 100 millions d'euros.

Le résultat opérationnel intègre ensuite les autres produits et charges opérationnels (éléments significatifs et peu fréquents) :

Résultat opérationnel = 100 − 15 (restructuration) − 8 (dépréciation goodwill) + 3 (plus-value de cession) = 80 millions d'euros.

La marge opérationnelle courante est de 100 / 850 = 11,8 %, tandis que la marge opérationnelle ressort à 80 / 850 = 9,4 %. L'écart de 2,4 points reflète l'impact des opérations non récurrentes sur l'exercice.

Résultat opérationnel et EBIT : équivalence et nuances

Le résultat opérationnel est généralement considéré comme l’équivalent français de l’EBIT (Earnings Before Interest and Taxes) anglo-saxon. Les deux indicateurs mesurent la rentabilité opérationnelle avant intérêts et impôts, et reposent sur la même logique : isoler la performance économique de l’activité.

L’EBIT se distingue de l’EBITDA (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization), qui exclut en plus les dotations aux amortissements et dépréciations. L’EBITDA est ainsi une mesure de la capacité à générer du cash, tandis que l’EBIT et le résultat opérationnel intègrent l’effort d’investissement annuel.

Qu’est-ce que le résultat opérationnel courant (ROC) ?

Définition du résultat opérationnel courant

Le résultat opérationnel courant (ROC) est un sous-agrégat du résultat opérationnel qui isole les flux récurrents et habituels de l’activité. Il exclut les éléments significatifs, inhabituels et peu fréquents qui pourraient fausser la lecture de la performance opérationnelle récurrente.

L’écart entre le résultat opérationnel courant et le résultat opérationnel correspond à ce que la recommandation CNC appelle les « autres produits et charges opérationnels » :

Résultat opérationnel = ROC + Autres produits opérationnels − Autres charges opérationnelles

La recommandation CNC n°2009-R.03 sur la présentation IFRS

Face à l’absence de standardisation précise par IAS 1, le Conseil national de la comptabilité (CNC), aujourd'hui remplacé par l'Autorité des normes comptables (ANC), a publié le 2 juillet 2009 la recommandation n°2009-R.03. Elle propose aux sociétés françaises sous IFRS un format de compte de résultat à trois niveaux :

  • un premier niveau « résultat opérationnel courant » (ROC), retraçant l’activité récurrente ;
  • un deuxième niveau « autres produits opérationnels » et « autres charges opérationnelles », présentés sans compensation ;
  • un troisième niveau « résultat opérationnel », total des deux précédents.

Cette recommandation précise que la rubrique « autres » ne doit être alimentée que dans le cas où un événement majeur intervenu pendant la période comptable est de nature à fausser la lecture de la performance récurrente. Elle interdit également la qualification « exceptionnel » ou « extraordinaire » pour ces postes, ces termes étant exclus du vocabulaire IFRS.

Que recouvrent les « autres produits et charges opérationnels » ?

Les communications financières des sociétés du CAC 40 montrent une certaine homogénéité des éléments classés en « autres charges opérationnelles » :

  • coûts de restructuration et de réorganisation ;
  • dépréciations d’actifs significatives ;
  • dépréciations des écarts d’acquisition (goodwill) ;
  • charges liées aux acquisitions de titres ;
  • moins-values de cession significatives ;
  • amendes et pénalités majeures.

Les « autres produits opérationnels » regroupent typiquement les plus-values de cession de filiales consolidées, les effets favorables de périmètre et certaines plus-values immobilières significatives.

À quoi sert le résultat opérationnel dans l’analyse financière ?

Mesurer la performance économique

Le résultat opérationnel est un indicateur de la création de valeur économique.

Un résultat opérationnel positif signifie que l’activité courante dégage suffisamment de produits pour couvrir l’ensemble de ses charges courantes, y compris les dotations aux amortissements (qui représentent la consommation de l’outil productif sur l’exercice).

Un résultat opérationnel négatif traduit à l’inverse une activité déficitaire au plan opérationnel, ce qui est un signal d’alerte fort.

Comparer des entreprises entre elles

L’un des intérêts majeurs du résultat opérationnel tient à sa neutralité financière et fiscale.

En excluant les intérêts d’emprunt et l’impôt sur les sociétés, il permet de comparer des entreprises ayant des structures de financement différentes (endettement plus ou moins élevé) ou implantées dans des juridictions fiscales différentes. Cette neutralité en fait un indicateur de référence dans les benchmarks sectoriels et les analyses comparatives internationales.

 Bon à savoir : la lecture du résultat opérationnel s'inscrit plus largement dans la publication des comptes consolidés et du rapport de gestion. Legalstart accompagne depuis 2014 les sociétés dans leurs obligations comptables courantes (dépôt des comptes, modifications statutaires, gouvernance).

Les ratios dérivés : marge opérationnelle et ROCE

Le résultat opérationnel sert de numérateur à plusieurs ratios clés de l’analyse financière :

  • la marge opérationnelle (résultat opérationnel / chiffre d’affaires), qui mesure la rentabilité par euro de revenu généré ;
  • le ROCE (Return On Capital Employed = résultat opérationnel / capitaux engagés), qui mesure la rentabilité économique des capitaux investis ;
  • le multiple VE/résultat opérationnel (valeur d’entreprise / résultat opérationnel), utilisé pour les valorisations comparatives en M&A.

Ces ratios sont au cœur des soldes intermédiaires de gestion et de l’analyse de la rentabilité d’une entreprise, qu’elle soit cotée ou non.

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