Comptabilité de trésorerie : le guide complet
Diplômé de l'ESSEC Business School.
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L’essentiel de l’article :
Tenir une comptabilité super simplifiée revient à suivre votre activité au rythme de votre compte bancaire et de votre caisse, sans saisir chaque facture au moment où elle naît. Pour un commerçant ou un artisan dont les clients paient surtout au comptant, ce dispositif réduit nettement le temps passé sur les écritures, sans dispenser d’établir des comptes en fin d’année.
Votre entreprise peut-elle en bénéficier ? Quelles écritures devez-vous passer pendant l’année, puis à la clôture ? Quels frais pouvez-vous évaluer de façon forfaitaire, et comment exercer l’option ?
Mini-Sommaire
La comptabilité super simplifiée est un allègement des obligations comptables prévu par l’article 302 septies A ter A du code général des impôts (CGI), où elle est écrite « super-simplifiée ». Ce texte prévoit que la comptabilité « n’enregistre journellement que le détail des encaissements et des paiements ». Le dirigeant suit donc, au fil de l’année, ce qui entre et ce qui sort de ses comptes de liquidités.
Les créances et dettes ne sont constatées qu’à la clôture de l’exercice. Une facture envoyée à un client en novembre n’apparaît pas dans les écritures de ce mois. Elle est enregistrée au jour de son encaissement, ou constatée comme créance lors du recensement de fin d’exercice si elle n’est pas encore réglée à la clôture.
Ce fonctionnement rapproche le dispositif d’une comptabilité de trésorerie pendant l’exercice, puis d’une comptabilité commerciale à la clôture. Il se distingue ainsi d’une comptabilité d’engagement tenue toute l’année, qui suppose de suivre chaque facture émise ou reçue dès sa date.
Le tableau ci-dessous récapitule les allègements que le dispositif réunit, avec le texte qui les prévoit :
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Allègement |
Contenu |
Texte |
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Enregistrement en cours d’année |
Détail des encaissements et des paiements seulement |
Art. 302 septies A ter A CGI |
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Créances et dettes |
Constatées à la clôture de l’exercice |
Art. 302 septies A ter A CGI |
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Frais généraux périodiques |
Comptabilisés à leur paiement si la périodicité n’excède pas un an |
Art. 302 septies A ter A CGI |
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Stocks et travaux en cours |
Évaluation selon une méthode simplifiée |
Art. 302 septies A ter A CGI et art. 4 LA de l’annexe IV |
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Carburant |
Évaluation d’après un barème publié chaque année |
Art. 302 septies A ter A CGI |
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Menus frais payés en espèces |
Pas de justificatif dans la limite de 1 pour 1 000 du chiffre d’affaires, minimum 150 € |
Art. 302 septies A ter A CGI |
Le dispositif vise les exploitants individuels et les sociétés civiles de moyens mentionnées à l’article 239 quater A du CGI, dès lors qu’ils sont soumis au régime réel simplifié d’imposition. Peu importe que ce régime s’applique de plein droit ou sur option. Un entrepreneur individuel qui relèverait de la micro-entreprise mais a choisi le régime réel simplifié entre aussi dans le champ.
Pour les bénéfices industriels et commerciaux (BIC), ce régime s’applique de plein droit aux entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse les seuils de la micro-entreprise sans excéder les limites du régime simplifié, appréciées sur les années précédentes. Pour les années 2026 à 2028, le barème publié au Bulletin officiel des finances publiques retient les seuils suivants :
La location de meublés de tourisme non classés obéit à des seuils propres, distincts de ceux-ci. Au-delà des limites hautes, le régime réel normal s’applique, et la comptabilité super simplifiée n’est plus accessible.
Le dispositif s’adresse en priorité aux entreprises dont les opérations sont réglées au comptant ou à brève échéance, comme les commerçants détaillants ou les artisans travaillant pour des particuliers. Il se prête moins à une activité dont les clients et les fournisseurs paient à terme, par exemple un sous-traitant. Les conditions de fond du régime réel simplifié, notamment les déclarations à déposer, continuent de s’appliquer.
À noter : les allègements comptables du code de commerce ne visent en principe que les commerçants personnes physiques. L’administration admet toutefois que les artisans imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, qui doivent établir des documents comptables pour leurs déclarations, appliquent ces mêmes règles.
Les sociétés commerciales, comme une SARL ou une SAS, ne sont pas visées par le cœur du dispositif. Elles bénéficient seulement d’un allègement limité, présenté dans la FAQ en fin d’article.
En cours d’année, une opération n’est comptabilisée qu’au moment où elle se traduit par un mouvement d’argent. Les recettes et les dépenses sont inscrites au jour le jour sur un ou plusieurs livres de trésorerie, en distinguant le mode de règlement (caisse, banque) et la nature de l’opération. Cette tenue correspond à une comptabilité de trésorerie, adossée à des pièces justificatives.
Plusieurs tolérances allègent ce suivi quotidien. Certaines ventes au comptant peuvent être inscrites globalement en fin de journée, et les prélèvements de l’exploitant peuvent faire l’objet d’une écriture unique en fin de mois, à condition d’en conserver les justificatifs. Pour la TVA, la comptabilité peut être tenue toutes taxes comprises ou hors taxe, mais elle doit distinguer les différents taux et faire ressortir la TVA récupérable.
La comptabilité retrace aussi les mouvements qui n’affectent pas directement le résultat :
Le classement des pièces devient le pilier de la méthode, puisque les factures ne sont pas saisies à leur date. Chaque facture émise ou reçue reçoit un numéro d’ordre chronologique, puis est classée et annotée du règlement intervenu (mode, date, montant). Ce suivi permet de recenser, à la clôture, les créances et dettes encore ouvertes, sans double emploi ni omission.
À la clôture de l’exercice, l’entreprise centralise les opérations de l’année, recense ses créances et ses dettes, inventorie ses stocks et dresse l’inventaire de ses éléments d’actif et de passif. Les sommes restant à encaisser et à payer sont rapprochées de celles constatées au début de l’exercice. Ce rapprochement évite qu’un encaissement ou un paiement correspondant à une créance ou une dette d’un exercice antérieur soit compté deux fois.
Pour les stocks, l’évaluation simplifiée des stocks consiste à partir du prix de vente des biens à la date du bilan, puis à lui appliquer un abattement égal à la marge pratiquée par l’entreprise. Cette marge se calcule à partir des données de l’exercice précédent. Pour des marchandises, elle correspond à la différence entre les ventes et le coût d’achat des marchandises vendues. Les travaux en cours sont évalués au montant hors taxes des acomptes réclamés avant facturation.
Le dispositif assouplit aussi le rattachement de certaines charges. Les dépenses de frais généraux payées à échéances régulières, dont la périodicité n’excède pas un an, sont comptabilisées à leur seul paiement, sans régularisation de fin d’exercice. Sont notamment concernés les loyers, les primes d’assurance, les abonnements, les contrats d’entretien et les frais financiers. Les achats de marchandises et de matières, les immobilisations, les amortissements et les provisions restent exclus de cette mesure.
Ces opérations permettent ensuite d’établir le compte de résultat et le bilan. Un exploitant individuel placé au régime réel simplifié peut, en outre, ne pas établir d’annexe, conformément à l’article L123-25 du code de commerce.
La comptabilité super simplifiée ouvre deux facilités de justification des frais généraux, propres à ce dispositif.
La première concerne le carburant consommé lors des déplacements professionnels de l’exploitant, qui peut être enregistré d’après un barème publié chaque année. Le montant s’obtient en appliquant ce barème au nombre de kilomètres parcourus à titre professionnel, que vous devez pouvoir justifier. La mesure vise les véhicules à usage mixte, professionnel et personnel. Elle exclut les véhicules à usage uniquement professionnel, comme les camions ou les utilitaires, ainsi que les entreprises de transport de personnes ou de marchandises. Seul le carburant est concerné, à l’exclusion de l’entretien, de l’assurance ou de l’amortissement du véhicule.
L’option pour ce barème est mentionnée sur un état joint à la déclaration de résultats, qui indique le véhicule, le kilométrage total et professionnel, le montant forfaitaire et ses modalités de comptabilisation. Si une partie des dépenses réelles de carburant a déjà été enregistrée, seule la différence avec le montant forfaitaire est comptabilisée.
La seconde facilité porte sur les frais généraux accessoires payés en espèces, comme des frais de parking, des pourboires ou de menus frais de réception. Leur justification n’est pas exigée dans la limite de 1 pour 1 000 du chiffre d’affaires hors taxes réalisé, avec un minimum de 150 €.
Pour une entreprise qui réalise 300 000 € de chiffre d’affaires hors taxes, la limite atteint ainsi 300 € de menus frais payés en espèces sans justificatif. Avec 120 000 € de chiffre d’affaires, le calcul donnerait 120 €, et c’est donc le minimum de 150 € qui s’applique.
Ces facilités ne dispensent pas de conserver les justificatifs des autres dépenses, qu’il s’agisse des achats, des loyers ou des frais de véhicule autres que le carburant.
La comptabilité super simplifiée est une simple faculté. L’option s’exerce au titre de chaque exercice, en cochant la case prévue à cet effet sur la déclaration de résultats n° 2031, conformément à l’article 38 sexdecies-00 A de l’annexe III au CGI. Vous pouvez y renoncer après l’avoir utilisée pendant un ou plusieurs exercices, si vos besoins de suivi évoluent.
Un changement de mode de comptabilisation suppose de veiller à ce qu’une même charge ne soit pas déduite deux fois, d’un exercice sur l’autre. La doctrine administrative, publiée sous la référence BOI-BIC-DECLA-30-20-20, détaille ces règles de passage et les obligations de tenue.
Le dispositif allège la forme de la comptabilité, pas son exigence. Pour conserver sa valeur probante, la comptabilité doit enregistrer exactement toutes les opérations de l’entreprise, s’appuyer sur des pièces justificatives suffisantes et ne pas comporter d’erreurs, d’omissions ou d’inexactitudes graves et répétées.
Attention : l’administration cite comme anomalies une caisse créditrice, un défaut d’inventaire ou un enregistrement global des recettes en fin de semaine ou de mois. Ces défauts privent la comptabilité de sa valeur probante en cas de contrôle fiscal.
Le choix entre comptabilité super simplifiée et comptabilité classique dépend de la façon dont vous suivez votre activité. Les obligations comptables peuvent être assurées en autonomie ou avec l’aide d’un professionnel.
Bon à savoir : vous pouvez confier la tenue de vos comptes et la préparation de votre déclaration de résultats à un expert-comptable. LS Compta, cabinet d’expertise comptable en ligne, attribue à chaque dossier un comptable dédié, salarié en France.
Résumer cet article avec :
Thomas Wittenmeyer
Diplômé de l'ESSEC Business School.
Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.Fiche mise à jour le
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