Transformer un local commercial en habitation : explications et formalités
L'essentiel de l'article :
Le démembrement de propriété répartit les trois composantes du droit de propriété (usus, fructus et abusus) entre deux personnes. Cette technique juridique sépare l’usufruit de la nue-propriété, ce qui permet notamment de réduire les droits de donation tout en conservant l’usage du bien.
Qu’il intervienne dans le cadre d’une donation entre parents et enfants, d’une succession ou d’un investissement en SCPI, ce mécanisme présente des avantages fiscaux et patrimoniaux concrets. Définition, avantages et inconvénients, coût, étapes et obligations des parties : voici tout ce qu’il faut savoir avant de diviser la propriété d’un bien.
Mini-Sommaire
Le démembrement de propriété, par définition, est une opération juridique qui divise la pleine propriété d'un bien en deux droits distincts :
Cette division s'appuie sur la composition du droit de propriété, qui comprend trois attributs distincts : usus, fructus et abusus.
Dans le cadre du démembrement de propriété, il s’agit donc de séparer l’usus et le fructus d’un côté, et l’abusus de l’autre.
☝️ Bon à savoir : le démembrement peut s'appliquer à différents types de biens, dont les biens immobiliers et les comptes titres. Les biens immobiliers constituent l'usage le plus courant.
En pleine propriété, les trois droits sur le bien sont réunis entre les mains d’une seule personne. La pleine propriété permet donc d'utiliser, de percevoir les revenus et de disposer librement du bien. C'est la forme de propriété la plus complète et la plus courante.
L'usufruit confère des droits d'usage et de jouissance. L'usufruitier peut habiter le bien ou le louer. Il perçoit tous les revenus générés (loyers, dividendes, récoltes, etc.). Il supporte également les charges courantes d'entretien.
☝️ Bon à savoir : en cas de démembrement suite à une donation, il doit également assumer toutes les charges, y compris de grosses réparations ou travaux.
La nue-propriété accorde uniquement le droit de disposer du bien (vendre, transformer, détruire, consommer). Le nu-propriétaire peut vendre ses droits sur le bien, mais il ne peut ni utiliser le bien ni en percevoir les revenus. Il conserve néanmoins un pouvoir décisionnel sur les actes de disposition importants, et c’est à lui qu’incombent les gros travaux de conservation du bien (en cas de démembrement de propriété après décès).
Tableau récapitulatif des différences entre usufruit, nue-propriété et pleine propriété :
|
Droits sur le bien |
Exemple pratique |
Propriétaire (pleine propriété) |
Nu-propriétaire |
Usufruitier |
|
Usus ou droit d’utiliser le bien |
Vivre dans un logement |
Oui |
Non |
Oui |
|
Fructus ou droit de percevoir les fruits ou revenus réguliers du bien |
Percevoir les loyers d’un bien loué |
Oui |
Non |
Oui |
|
Abusus ou droit de disposer du bien |
Vendre sa propriété, la détruire, la transformer |
Oui |
Oui (uniquement sur sa nue-propriété) |
Non |
⚠️ Attention : ni l’usufruitier ni le nu-propriétaire ne peuvent vendre le bien seuls. La vente de la pleine propriété nécessite l’accord des deux parties.
Le démembrement de propriété a des avantages et inconvénients en matière de gestion patrimoniale. Quels sont-ils ?
Les avantages du démembrement de propriété concernent principalement :
Le premier avantage du démembrement de propriété réside dans l'optimisation fiscale dont on peut bénéficier dans le cas de donation avec réserve d’usufruit. Ce type de donation s’effectue avant le décès, et permet par exemple à un parent de donner à son enfant la nue-propriété d’un bien tout en en conservant l’usufruit.
Dans ce cas, les droits de donation se calculent uniquement sur la valeur de la nue-propriété. Or, cette valeur qui représente une fraction de la pleine propriété est déterminée par l'âge du donateur lors de la donation.
Plus le donateur est âgé, plus la proportion du prix représentant la valeur de la nue-propriété augmente. Le calcul du démembrement de propriété s’effectue selon ce barème :
|
Âge du donateur |
Valeur nue-propriété |
Valeur usufruit |
|
Moins de 21 ans |
10 % |
90 % |
|
De 21 à 30 ans |
20 % |
80 % |
|
De 31 à 40 ans |
30 % |
70 % |
|
De 41 à 50 ans |
40 % |
60 % |
|
De 51 à 60 ans |
50 % |
50 % |
|
De 61 à 70 ans |
60 % |
40 % |
|
De 71 à 80 ans |
70 % |
30 % |
|
De 81 à 90 ans |
80 % |
20 % |
|
À partir de 91 ans |
90 % |
10 % |
Ensuite, on applique à ce montant l’abattement sur les droits de donation, en fonction du lien de parenté (100.000 € pour un enfant, 80.724 € pour un époux ou un partenaire de PACS par exemple).
Enfin, sur la somme restante, on applique le barème progressif des droits de donation tels que prévus à l’article 777 du Code général des impôts et on obtient le coût du démembrement de propriété, hors frais de notaire et droits d’enregistrement.
🛠️ En pratique : un donateur de 70 ans transmet une nue-propriété valorisée à 60 % du bien. Les droits de donation portent uniquement sur cette fraction, diminuée de l’abattement de 100 000 € s’il n’a pas été utilisé au cours des 15 années précédentes. Pour un bien de 400 000 €, la base taxable se réduit ainsi à 140 000 €.
En outre, si le donateur paie en lieu et place du donataire les droits en lien avec la donation, ce paiement n'est pas fiscalement considéré comme une donation supplémentaire.
Le démembrement facilite la transmission du patrimoine en la prévoyant avant le décès. Cette anticipation permet de limiter les droits de succession. En effet, au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien. Cette opération, appelée remembrement, s'effectue sans droits de succession supplémentaires.
Lors du démembrement de propriété, l'usufruitier conserve tous ses droits d'usage sur le bien, ainsi que le droit d’en percevoir les fruits, comme des loyers. Il peut ainsi continuer à habiter le bien ou à le louer. C’est une sécurité patrimoniale qui bénéficie à la fois au donateur, mais aussi au conjoint survivant en cas de succession.
Lors du décès, le conjoint survivant peut en effet choisir de bénéficier de l’usufruit de la totalité des biens. Les enfants communs au couple récupèrent la nue-propriété, et l’époux qui survit peut continuer à vivre dans la maison commune.
📝 À noter : il est aussi possible de faire entre époux une donation dite au dernier vivant. Dans ce cas, le conjoint survivant peut aussi recevoir tout ou partie de la succession en usufruit.
Depuis 2018, l'usufruitier qui a hérité de son usufruit déclare uniquement la valeur de cet usufruit à l'IFI. Cette mesure allège sensiblement l'assiette imposable pour les patrimoines importants, mais elle n’est pas applicable aux donations.
💡 Astuce : la donation temporaire d'usufruit permet de sortir temporairement un bien de votre patrimoine IFI. Cette technique s'avère particulièrement intéressante pour les biens à forte valeur. Le calcul du démembrement de propriété se fait alors selon un autre barème :
|
Durée de l'usufruit |
Pourcentage de la valeur du bien |
|
Jusqu’à 10 ans |
23 % |
|
De 11 à 20 ans |
46 % |
|
De 21 à 30 ans |
69 % |
En l’absence d’anticipation successorale, la loi peut imposer un démembrement au décès d’un époux : le conjoint survivant peut opter pour l’usufruit de la totalité des biens de la succession, tandis que les enfants communs récupèrent la nue-propriété. Le conjoint conserve ainsi le droit d’habiter le logement commun ou d’en percevoir les loyers.
Les époux peuvent également anticiper cette situation par une donation entre époux (dite « donation au dernier vivant »), qui permet au survivant de recevoir tout ou partie de la succession en usufruit.
À noter : le démembrement légal au profit du conjoint survivant ne nécessite aucune démarche de la part des époux : il résulte directement des règles successorales. La donation au dernier vivant, en revanche, doit être prévue par acte notarié.
Le démembrement ne se limite pas aux biens immobiliers en direct. Il s’applique également aux parts de SCPI (Sociétés civiles de placement immobilier). Dans ce cas, l’acquéreur de la nue-propriété achète des parts à un prix décoté et ne perçoit pas les revenus pendant la durée du démembrement. À l’issue de la période convenue, généralement entre 5 et 20 ans, il récupère la pleine propriété des parts sans frais supplémentaires.
Ce montage présente un double avantage : il réduit le prix d’entrée pour le nu-propriétaire et permet à l’usufruitier de percevoir les dividendes de la SCPI pendant la durée du démembrement.
À noter : le démembrement de SCPI est souvent utilisé par des personnes en activité qui n’ont pas besoin de revenus immédiats et préfèrent se constituer un capital à moindre coût, en vue de la retraite.
Le démembrement de propriété a des avantages donc, mais aussi des inconvénients à prendre en considération :
Le démembrement crée une cogestion contraignante pour l’usufruitier et le nu-propriétaire. En effet, toute décision importante, comme la vente du bien, nécessite l'accord des deux parties. Cette situation peut générer des blocages, notamment en cas de mésentente familiale.
📝 À noter : toutefois, l’usufruitier peut vendre son usufruit, comme le nu-propriétaire peut vendre son droit sur le bien. Mais la vente de la pleine propriété ne peut se faire que conjointement.
Dans le cas d’une donation d’usufruit temporaire, le bien donné en usufruit disparaît temporairement de votre patrimoine, et n’est donc pas soumis à l’IFI. Mais attention : si vous ne réalisez cette opération que dans le but d’échapper à l’impôt, alors celle-ci peut être remise en cause par l'administration fiscale. Vous risquez le redressement fiscal. Ce sera le cas s’il est avéré que l'usufruitier bénéficie déjà de revenus confortables et qu’il n'en retire pas un vrai bénéfice.
S'agissant d’un acte à réaliser devant notaire et concernant votre patrimoine, des frais notariés et d'enregistrement s'ajoutent au coût du démembrement de propriété (c'est-à-dire les droits de donations). Ces coûts fixes réduisent l'intérêt économique de l'opération, notamment pour les biens de valeur modeste.
📝 À noter : l'administration fiscale peut remettre en cause la donation temporaire d'usufruit si elle estime qu'elle vise uniquement à échapper à l'IFI.
Le démembrement est souvent associé à la donation. Il intervient pourtant dans d’autres situations :
À noter : dans tous les cas, le démembrement volontaire doit être prévu par acte notarié. Seul le démembrement légal (cas du conjoint survivant) résulte directement de la loi, sans démarche préalable.
Mettre en place un démembrement de propriété relève d’un notaire. Voici les étapes à suivre :
Le démembrement de propriété et sa mise en œuvre imposent le passage devant un notaire, comme tout acte modifiant la propriété d’un bien immobilier. Ce professionnel va évaluer votre situation patrimoniale et familiale, puis calculer la répartition entre usufruit et nue-propriété selon le barème fiscal officiel.
☝️ Bon à savoir : il faut aussi faire évaluer votre bien immobilier afin de faciliter le calcul des droits de donation.
En présence du propriétaire et de tous les bénéficiaires du démembrement, le notaire rédige l'acte qui rend effective la division du bien. Ce document authentique précise les droits et obligations de chaque partie. Il définit les modalités d'exercice de l'usufruit et les conditions de gestion.
📌 À retenir : vous ne pouvez pas décider du contenu de l’acte et des conditions d’exercice de vos droits. Votre seule décision concerne la fin du démembrement : par décès de l’usufruitier ou parce que la donation était limitée dans le temps.
Comme tout acte de donation portant sur un bien immeuble, l’acte de démembrement de propriété doit être déposé auprès du service de publicité foncière. Le service compétent est celui du lieu de situation de l’immeuble. Le dépôt doit avoir lieu dans le mois qui suit la signature de l’acte par les parties.
Le coût du démembrement de propriété est composé de plusieurs types de frais :
☝️ Bon à savoir : les droits de donation à un proche bénéficient d’un abattement selon le lien de parenté. Par exemple, un abattement de 100.000 € par enfant et par période de 15 ans est prévu pour les donations parent-enfant.
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration de donation est obligatoirement effectuée en ligne, via l’espace personnel du donataire sur impots.gouv.fr (rubrique Déclarer → Déclarer un don ou une cession de droits sociaux).
Dans le cas d’un démembrement de propriété, le nu-propriétaire a des obligations :
L'usufruitier assume des obligations étendues liées à sa jouissance du bien :
Résumer cet article avec :
Pierre Aïdan
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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