Transformer un local commercial en habitation : explications et formalités
L’essentiel de l’article :
Le bail verbal est un contrat de location basé sur un consentement mutuel entre le bailleur et le locataire. Aucun écrit n’est formalisé. Ce contrat reste valable, mais la loi du 6 juillet 1989 impose un écrit pour louer une résidence principale, et la loi du 9 avril 2024 sanctionne le bailleur qui refuse de l’établir. Faute d’écrit, il protège moins bien les cocontractants en cas de litige. Valeur juridique, conséquences ou encore éléments de preuve : Legalstart fait le point sur le bail verbal.
Mini-Sommaire
Par définition, un bail verbal est un contrat de location fondé sur un accord mutuel à l’oral. Les deux parties s’accordent sur le montant du loyer, le bien loué et les modalités de fonctionnement du contrat. Aucun écrit n’est formalisé. Cette situation se retrouve dans le cadre de la conclusion d’un bail commercial, d’un contrat entre particuliers, d’un bail rural ou de tout autre type.
☝️ Bon à savoir : l’obligation d’écrit n’est pas née en 2024. L’article 3 de la loi du 6 juillet 1989 l’impose pour la location d’un logement constituant la résidence principale du locataire, et la loi du 9 avril 2024 y a ajouté une sanction pénale. Le bail commercial et le bail rural relèvent d’autres régimes, qui ne prévoient pas cette sanction.
Le bail oral est employé pour sa simplicité. Il suffit d’un accord verbal entre les deux cocontractants pour qu’il soit mis en place.
Ce contrat présente aussi un avantage pour le locataire, puisque le montant de son loyer ne peut pas augmenter dans le cadre de la révision annuelle, faute de clause de révision. En revanche, l’absence d’écrit ne le protège pas d’une résiliation pour impayé, car la loi intègre une clause résolutoire dans tout bail d’habitation.
Cependant, par sa forme orale, les termes du bail verbal sont plus délicats à faire appliquer en cas de litige entre les parties. Il faudra alors fournir des preuves de l’existence d’un bail verbal.
La loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs impose depuis l’origine la rédaction d’un contrat écrit, et chaque partie peut exiger de l’autre, à tout moment, l’établissement d’un contrat conforme. La jurisprudence a d’ailleurs reconnu à plusieurs reprises l’existence légale de ce type de contrat, qui s’appliquait de la même façon qu’un document écrit.
Toutefois, la loi du 9 avril 2024 a inséré dans la loi de 1989 un article 3-4. Le bailleur ou l’intermédiaire qui refuse d’établir un contrat conforme et de délivrer un reçu ou une quittance, ou qui dissimule ces obligations, encourt un an d’emprisonnement et 20 000 € d’amende. C’est ce refus qui est sanctionné, et non le bail verbal lui-même. Une personne morale encourt l’amende selon les modalités de l’article 131-38 du Code pénal.
Un bail verbal reste donc valable, qu’il ait été conclu avant ou après avril 2024. L’article 1714 du Code civil prévoit en effet que l’on peut louer par écrit ou verbalement, sous réserve des règles propres aux biens ruraux. Le bailleur ne peut pas se prévaloir de l’absence d’écrit, et chaque partie peut en réclamer la régularisation à tout moment.
Pour que le bail soit valide, il doit faire l’objet d’un accord mutuel entre le bailleur et le locataire sur :
Les conditions d’application du contrat sont les mêmes que pour un bail écrit. De fait, les deux cocontractants doivent respecter les dispositions impératives de la loi, que ce soit en matière d’obligation de paiement des loyers, de renouvellement du bail ou encore de la rupture de contrat.
Un bail verbal a des conséquences à plusieurs niveaux :
Par sa nature orale, le bail verbal devient beaucoup plus difficile à appliquer en cas de litige entre les deux parties. Elles doivent alors arriver à prouver à la fois l’existence du contrat et le fait qu’une obligation n’est pas respectée pour exiger un dédommagement. De fait, en menant un bail verbal, les cocontractants s’exposent à des risques s’ils ne peuvent pas prouver son existence.
🛠️ En pratique : le bailleur ne pourra prouver que difficilement le non-versement des loyers. De son côté, le locataire s’expose au risque de recevoir un logement qui ne soit pas en bon état. Il lui sera compliqué d’exiger des travaux de rénovation qui incombent d’ordinaire au propriétaire.
Dans le cadre d’un bail verbal, c’est la loi qui s’applique. Toute clause spécifique doit, en effet, faire l’objet d’un contrat écrit. C’est pourquoi il n’est pas possible entre autres :
La clause résolutoire pour impayés échappe à cette règle. Depuis la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit pour défaut de paiement du loyer ou des charges, ou pour non-versement du dépôt de garantie (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). En toute hypothèse, l’absence d’écrit n’empêche pas le bailleur de demander au juge la résiliation du bail pour défaut de paiement du loyer (article 1741 du Code civil).
Le locataire est normalement tenu de prendre une assurance habitation. Cette obligation découle de la loi (article 7 de la loi du 6 juillet 1989), et non d’une clause du bail. Le locataire en justifie lors de la remise des clés, puis chaque année à la demande du bailleur. À défaut, le bailleur peut, un mois après une mise en demeure restée sans effet, souscrire une assurance pour le compte du locataire et en récupérer le montant par douzième à chaque paiement du loyer. Le bail verbal le prive seulement de la clause de résiliation pour défaut d’assurance, qui doit avoir été prévue au contrat. Le locataire répond aussi des dégradations survenues pendant la location, sauf force majeure, faute du bailleur ou fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit dans le logement.
En cas d’impayé, le bailleur fait d’abord signifier un commandement de payer à son locataire par un commissaire de justice. La clause résolutoire prévue par la loi produit effet six semaines après ce commandement s’il reste infructueux. Le bailleur peut alors engager une procédure judiciaire de résiliation du bail et une procédure d’expulsion devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire, compétent pour les litiges liés à un bail d’habitation. Encore une fois, il lui faudra prouver l’existence du contrat et du litige.
☝️ Bon à savoir : la résiliation du bail verbal par le propriétaire prend ainsi la forme d’un congé donné pour la date d’échéance du bail, pour vendre le logement, le reprendre ou pour un motif légitime et sérieux. Le congé est notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte de commissaire de justice ou par remise en main propre contre récépissé, avec un préavis de 6 mois pour un logement vide et de 3 mois pour un logement meublé.
La durée d’un bail verbal est la même que pour un contrat écrit. La difficulté de cette situation réside dans le fait de prouver les dates de début et de fin de contrat.
Pour rappel, la durée d’un contrat de bail est de :
☝️ Bon à savoir : la durée d’un contrat de location pour un logement qui n’est pas une résidence principale n’est pas soumise aux durées minimales de la loi du 6 juillet 1989 et se fixe d’un commun accord entre les parties. Cette situation s’applique notamment dans le cadre de locations saisonnières.
Afin de prouver l’existence d’un bail en cas de litige, le cocontractant peut utiliser tout moyen à sa portée, dès lors que le bail a reçu un commencement d’exécution. Il peut s’agir de copies de mails ou de SMS, de témoignages du voisinage, de l’encaissement des loyers, d’un versement d’un dépôt de garantie, par exemple. En revanche, si le bail fait sans écrit n’a encore reçu aucune exécution et que l’une des parties le nie, la preuve ne peut pas être apportée par témoins (article 1715 du Code civil).
📌 À noter : c’est à la personne qui affirme l’existence du contrat de le prouver.
Les magistrats saisis de l’affaire apprécient ensuite la valeur des justificatifs fournis.
☝️ Bon à savoir : le fait d’occuper un lieu n’est pas une preuve suffisante pour qualifier une situation de bail verbal. Il faut aussi prouver l’exécution du bail, notamment le versement de loyers.
Afin de régulariser un bail verbal, chaque partie peut exiger de l’autre, à tout moment, l’établissement d’un contrat de location écrit, conforme au contrat type défini par décret. Ce contrat précise notamment :
Principales sources législatives et réglementaires :
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Pierre Aïdan
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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