
Déclaration de créances : contexte, modalités, absence
Léna Cazenave
Diplômée d'un Master 2 en droit de la propriété intellectuelle de l'Université d'Aix-Marseille.
La liquidation judiciaire d’une entreprise individuelle est une procédure collective qui intervient lorsque l’entrepreneur ne peut plus faire face à ses dettes et qu’aucun redressement n’est envisageable. Elle marque l’arrêt définitif de l’activité et la vente des biens pour rembourser les créanciers.
Contrairement aux idées reçues, cette procédure ne concerne pas uniquement les sociétés : elle s’applique aussi aux indépendants, auto-entrepreneurs ou professionnels libéraux. Legalstart vous aide à y voir plus clair.
Mini-Sommaire
L’entreprise individuelle désigne une forme d’activité qui permet à une personne physique d’exercer seule, en son nom propre selon l’article L526-22 du Code de commerce. Ce statut s’adresse à celles et ceux qui souhaitent se lancer sans créer de société et sans s’associer. C’est une solution simple et rapide pour démarrer une activité commerciale, artisanale, libérale ou agricole.
Le fonctionnement de l’entreprise individuelle repose sur un principe fondamental : il n’y a pas de distinction entre le patrimoine de l’entrepreneur et celui de l’entreprise. L’entrepreneur agit en son nom, signe les contrats en son nom, et est personnellement responsable des dettes de l’entreprise.
☝️ Bon à savoir : depuis mai 2022, une réforme a tout de même introduit une séparation automatique entre patrimoine professionnel et personnel pour renforcer la protection de l’entrepreneur.
Une entreprise individuelle ne nécessite ni rédaction de statuts, ni dépôt de capital social. Les démarches de création sont allégées : une simple déclaration d’activité suffit. C’est aussi ce qui distingue ce statut des formes sociétales plus complexes.
🛠️ En pratique : une personne ne peut détenir qu’une seule entreprise individuelle à la fois.
Selon les articles R640-1 à R645-25 du Code de commerce, la liquidation judiciaire d’une entreprise individuelle correspond à une procédure collective déclenchée lorsque l’entreprise ne parvient plus à faire face à ses dettes personnelles ou professionnelles, avec un passif supérieur à l’actif disponible.
📌 À retenir : autrement dit, l'entrepreneur se trouve en situation de cessation des paiements, et il n’existe plus aucune perspective réaliste de redressement.
La liquidation judiciaire est souvent le dernier recours lorsqu’aucune autre solution (comme le redressement ou le plan de sauvegarde) n’est envisageable pour surmonter les difficultés financières de l’entreprise individuelle.
Une entreprise individuelle peut être placée en liquidation judiciaire lorsque deux conditions sont réunies :
🛠️ En pratique : la cessation des paiements signifie que l'entrepreneur ne dispose plus des fonds nécessaires pour régler ses dettes professionnelles, même en mobilisant l’ensemble de son patrimoine professionnel.
Lorsque ces deux éléments sont constatés, le tribunal compétent peut ouvrir une procédure de liquidation judiciaire :
L’ouverture mettra alors fin à l’activité, et entraînera la vente des biens pour rembourser les créanciers.
📝 À noter : dans certains cas particuliers, un entrepreneur individuel peut solliciter une procédure de rétablissement professionnel. Elle ne donne pas lieu à une liquidation judiciaire et vise à effacer les dettes lorsque l’actif est inférieur à 15.000 €, sous réserve de remplir plusieurs conditions.
La demande d’ouverture d’une liquidation judiciaire pour une entreprise individuelle peut émaner de plusieurs acteurs :
Le premier concerné est l’entrepreneur lui-même lors du dépôt de bilan de l’entreprise individuelle. Dès qu’il se retrouve en cessation des paiements, il a l’obligation de déclarer sa situation au tribunal dans un délai de 45 jours. Ce délai est impératif.
⚠️ Attention : en cas de manquement, il s’expose à des sanctions, comme une interdiction de gérer pouvant aller jusqu’à 15 ans. Cette mesure vise à prévenir les abus ou les retards préjudiciables aux créanciers.
Dans certaines professions réglementées, comme les professions libérales relevant d’un ordre (avocats, médecins, architectes…), cette interdiction ne peut être prononcée que par l’instance disciplinaire compétente.
Lorsque l’entrepreneur ne fait pas la démarche lui-même, d’autres intervenants peuvent saisir le tribunal. Cela peut être un créancier, comme :
Le procureur de la République peut également agir en justice si la situation financière l’exige.
☝️ Bon à savoir : ces demandes sont recevables à condition qu’il n’y ait pas déjà une procédure de conciliation en cours.
Enfin, si l’entrepreneur individuel décède alors qu’il se trouvait en cessation des paiements, la procédure peut être enclenchée après sa mort. Les personnes habilitées à demander l’ouverture de la liquidation dans ce cas sont :
📝 À noter : cette démarche doit être effectuée dans l’année qui suit le décès.
Voici les différentes étapes d’une liquidation judiciaire en entreprise individuelle :
L’entrepreneur individuel doit transmettre une demande d’ouverture de liquidation judiciaire dans les 45 jours suivant la cessation des paiements. Il remplit un formulaire spécifique et choisit la procédure adaptée :
La nature de l’activité détermine le tribunal compétent :
Le dossier de demande doit être complet et contenir notamment :
Ces documents permettent au tribunal d’évaluer la situation financière de manière précise.
Le tribunal analyse le dossier et s’assure que deux critères sont remplis :
Il statue ensuite sur l’ouverture de la procédure, que ce soit directement ou après une période d’observation dans le cadre d’une procédure précédente.
Le tribunal rend un jugement officiel prononçant l’ouverture de la liquidation judiciaire. Ce jugement marque le début de la procédure. Il entraîne la cessation d’activité de l’entreprise et la mise sous administration du liquidateur judiciaire.
Selon l’article L641-1 du Code de commerce, le tribunal nomme :
Le jugement d’ouverture est publié pour informer les tiers :
Cette étape permet aux créanciers d’être officiellement alertés et d’exercer leurs droits.
Les créanciers disposent de 2 mois à compter de la publication du jugement au BODACC pour déclarer leurs créances au liquidateur. Sans cette démarche, ils ne peuvent pas prétendre au remboursement.
Le liquidateur procède à la vente des actifs professionnels (stock, matériel, droit au bail, etc.).
☝️ Bon à savoir :il peut, avec l’accord du juge-commissaire et sur demande expresse de l’entrepreneur, vendre certains biens personnels si cela facilite le remboursement des dettes liées à l’activité.
Les fonds récoltés sont répartis selon les règles de priorité entre les créanciers.
Si l’entreprise emploie des salariés, ceux-ci sont licenciés dans le cadre de la liquidation. Le liquidateur s’assure du paiement des salaires dus via les mécanismes de garantie existants.
Une fois les opérations de vente terminées et les créanciers désintéressés dans la mesure du possible, le tribunal prononce la clôture de la liquidation judiciaire, soit pour extinction du passif, soit pour insuffisance d'actifs. L’activité cesse définitivement. L’entrepreneur peut alors, selon les cas, être libéré de ses dettes professionnelles.
Il existe des effets pour une entreprise individuelle lors de l’ouverture et de la clôture de la liquidation judiciaire .
Voici la liste des effets du jugement d’ouverture de la liquidation judiciaire d’une entreprise individuelle :
Le chef d’entreprise perd le droit d’administrer ou de disposer de ses biens. Toutes les décisions concernant son patrimoine sont désormais prises par le liquidateur judiciaire.
Ce dessaisissement concerne aussi bien les biens professionnels que personnels, à quelques exceptions près (résidence principale, biens de la vie courante, créances alimentaires...).
Le jugement entraîne la fermeture de l’entreprise individuelle. L’entrepreneur ne peut plus exercer l’activité en cours, sauf autorisation spéciale du tribunal dans le cadre d’un maintien temporaire.
L’entrepreneur a le droit de lancer une nouvelle entreprise individuelle avec un patrimoine distinct, même si la liquidation de la première est encore en cours. Cette possibilité reste conditionnée à l’absence de condamnation récente en lien avec une précédente liquidation ou une procédure de rétablissement.
Le tribunal peut autoriser la poursuite temporaire de l’activité (maximum 6 mois), si cela sert l’intérêt des créanciers ou facilite une cession totale ou partielle. Un administrateur judiciaire est alors désigné pour gérer l’entreprise durant cette période.
Les salariés sont licenciés dans les 15 jours suivant le jugement ou après expiration d’un éventuel délai de maintien d’activité. Si un plan de sauvegarde de l’emploi est nécessaire, les délais sont prolongés et le liquidateur doit consulter le comité social et économique, puis obtenir l’accord de la Dreets.
Le jugement bloque toutes les procédures engagées individuellement par les créanciers pour obtenir le paiement de leur dû. Ils doivent désormais passer par le cadre collectif de la liquidation. Les cautions restent en revanche exposées à ces actions.
Les intérêts (contractuels ou légaux) cessent de courir, sauf pour les prêts d’une durée supérieure à un an. Cela permet de figer la dette au moment du jugement et d’éviter l’aggravation du passif pendant la procédure.
Voici la liste des effets du jugement de clôture de la liquidation judiciaire d’une entreprise individuelle :
Le jugement de clôture marque l’achèvement officiel de la liquidation judiciaire. Il intervient dans deux cas :
Dans les deux cas, la clôture met fin à l’ensemble des démarches de liquidation.
Le juge-commissaire, le liquidateur judiciaire et les autres acteurs désignés par le tribunal cessent immédiatement leurs fonctions. La procédure collective s’arrête juridiquement à la date du jugement de clôture.
L’entrepreneur individuel est libéré de ses dettes professionnelles non réglées pendant la procédure, sauf exceptions :
En l’absence de telles irrégularités, le droit au rebond s’applique, permettant à l’entrepreneur de repartir sans être accablé par les dettes passées.
L’entrepreneur récupère l’entière gestion de ses biens personnels. Il peut à nouveau :
Le jugement de clôture offre à l’entrepreneur une seconde chance. Il peut reprendre une activité professionnelle indépendante, avec un nouveau statut ou une nouvelle entreprise, sans être bloqué par la liquidation précédente.
Le greffe du tribunal publie le jugement :
Ces publications permettent d’informer les tiers de la fin officielle de la procédure.
Oui, selon les articles L644-1 à L644-6 du Code de commerce, une liquidation judiciaire simplifiée est possible sous certaines conditions.
Pour pouvoir profiter d’une liquidation judiciaire simplifiée, l’entrepreneur ne possède aucun bien immobilier professionnel, à l’exception de sa résidence principale.
📌 À retenir : ce dispositif vise les entrepreneurs aux structures modestes, souvent sans actifs importants, afin d’accélérer la procédure et d’en alléger les formalités. Il s’adresse aussi bien aux entrepreneurs individuels classiques qu’aux micro-entrepreneurs .
Si un bien immobilier (hors résidence principale) est découvert en cours de procédure, le tribunal peut décider de basculer vers une liquidation judiciaire classique.
Pour demander l’ouverture d’une liquidation judiciaire simplifiée en entreprise individuelle, l’entrepreneur doit remplir un formulaire spécifique de demande d’ouverture de procédure collective.
Ce document permet d’indiquer si la demande porte sur une liquidation judiciaire (avec ou sans procédure de surendettement), selon la nature des dettes. Deux conditions doivent être réunies comme pour une liquidation classique :
Le dossier doit ensuite être transmis en 2 exemplaires au tribunal compétent :
Il doit inclure plusieurs pièces justificatives :
Le tribunal vérifie la présence ou non d’un actif immobilier (hors résidence principale) pour décider si la procédure simplifiée peut être ouverte.
☝️ Bon à savoir : dans certaines villes, c’est désormais un tribunal des activités économiques (TAE) qui instruit le dossier.
Voici les différentes étapes du déroulement d’une procédure de liquidation judiciaire simplifiée pour une entreprise individuelle :
Dans le cadre simplifié, seules certaines créances font l’objet d’un contrôle. Le liquidateur vérifie en priorité les créances salariales et celles qui peuvent être réglées grâce aux fonds disponibles.
📝 À noter : il ne procède pas à une vérification complète de l’ensemble des dettes, ce qui permet de raccourcir les délais.
Le liquidateur dispose d’un délai de 4 mois pour vendre les biens de l’entreprise. La cession peut se faire :
Cette étape permet de constituer une somme destinée à rembourser les créanciers.
Une fois les biens vendus, le liquidateur établit un état des créances, en y intégrant ses propositions de répartition et l’évaluation des frais de justice à venir. Ce document est déposé au greffe du tribunal et peut être consulté par les parties intéressées.
Si un créancier souhaite contester la répartition prévue, il peut saisir le juge-commissaire.
Après validation, le liquidateur distribue les sommes disponibles selon les règles de priorité légales.
Voici les effets principaux de la liquidation judiciaire simplifiée pour une entreprise individuelle :
La liquidation judiciaire simplifiée aboutit à une clôture dans un délai maximal de 6 mois. Ce délai peut être étendu à 1 an si l’entreprise compte plus d’un salarié et génère un chiffre d’affaires supérieur à 300.000 €. Le tribunal peut exceptionnellement accorder une prolongation de 3 mois, selon les circonstances.
Une fois la liquidation terminée, le liquidateur, le juge-commissaire et les autres intervenants cessent toute fonction. Le processus judiciaire s’arrête à compter du jugement de clôture.
L’entrepreneur individuel est libéré de ses dettes liées à l’activité professionnelle. Cela lui ouvre la voie à un nouveau départ.
⚠️ Attention : ce droit à l’effacement ne s’applique pas en cas de fraude, de dissimulation d’actifs ou de condamnation à une interdiction de gérer ou à la faillite personnelle. Dans ces cas, les créanciers conservent leur droit d’agir.
À la clôture, l’entrepreneur récupère l’entière gestion de son patrimoine. Il peut à nouveau :
Le greffe publie officiellement le jugement de clôture :
Ces publications permettent d’informer les tiers que la procédure est terminée.
Il existe de nombreuses solutions pour ne pas en arriver à la liquidation judiciaire d’une entreprise individuelle. Les mesures mises en place pour les entreprises en difficulté peuvent aider à anticiper les difficultés avant qu’elles ne deviennent plus importantes. Si les difficultés sont telles que vous avez du mettre un terme à votre activité, renseignez-vous sur les conditions pour bénéficier du chômage après une liquidation judiciaire.
L’entrepreneur doit déposer une demande de liquidation judiciaire auprès du tribunal compétent s’il est en cessation des paiements et que le redressement est impossible. La procédure permet de mettre fin à l’activité et de rembourser les créanciers selon les règles prévues par la loi.
L’activité cesse dès l’ouverture de la liquidation judiciaire. Une poursuite temporaire peut être autorisée par le tribunal, pour une durée maximale de 6 mois, si elle sert l’intérêt des créanciers ou permet une cession de l’entreprise.
La procédure se clôture par un jugement qui met fin aux fonctions du liquidateur et entraîne l’effacement des dettes professionnelles. L’entrepreneur retrouve la pleine gestion de son patrimoine et peut, sous conditions, relancer une nouvelle activité.
Note du document :
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Léna Cazenave
Diplômée d'un Master 2 en droit de la propriété intellectuelle de l'Université d'Aix-Marseille.
Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.Fiche mise à jour le
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