Saisie-attribution : définition, procédure et modalités
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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L'essentiel de l'article :
La saisie par un huissier est une procédure judiciaire qui permet à un créancier de recouvrer une créance impayée en faisant saisir et vendre les biens de son débiteur. Dans cet article, Legalstart vous explique tout ce que vous devez savoir sur la saisie par un huissier : conditions, procédure, biens saisissables, frais et recours possibles.
Mini-Sommaire
L'expression "saisie par un huissier" est couramment utilisée, mais elle est aujourd'hui un peu dépassée. En effet, depuis le 1er juillet 2022, la profession d'huissier de justice a été remplacée par celle de commissaire de justice.
Bon à savoir : les commissaires de justice exercent les mêmes fonctions que les anciens huissiers, notamment la signification des actes et l'exécution des décisions de justice. Ils sont également compétents pour réaliser des saisies.
Une saisie est une procédure qui permet à un créancier de faire saisir les biens de son débiteur pour se faire payer sur le produit de la vente de ces biens. Elle est mise en œuvre par un commissaire de justice (anciennement huissier), qui agit sur la base d'un titre exécutoire, c'est-à-dire d'une décision de justice ou d'un acte notarié qui lui donne le pouvoir de procéder à la saisie. Cette mesure suit souvent une tentative de recouvrement amiable.
L’annonce de la saisie a un effet dissuasif et incitatif sur le débiteur, qui peut être plus enclin à payer sa dette pour éviter la saisie de ses biens. S’il ne paie pas sa dette malgré la saisie, les biens saisis peuvent être vendus aux enchères et le produit de la vente servira donc à rembourser le créancier.
Avant de recourir à une saisie, il faut s'assurer que toutes les conditions légales sont réunies. Le non-respect de ces conditions peut rendre la saisie illégale et exposer le créancier à des sanctions.
La première condition est l'existence d'une créance certaine, liquide et exigible. Cela signifie que :
Le créancier doit également être en possession d'un titre exécutoire, c'est-à-dire d'un document qui lui permet de recourir à l'exécution forcée pour obtenir le paiement de sa créance. Les principaux titres exécutoires sont les décisions de justice revêtues de la formule exécutoire (jugements, arrêts, ordonnances), les actes notariés revêtus de la formule exécutoire, les accords auxquels un juge ou une autorité compétente a donné force exécutoire, et les titres délivrés par un commissaire de justice dans le cadre de la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances (article L111-3 du Code des procédures civiles d'exécution).
Si votre débiteur refuse de vous payer, n’hésitez pas à engager une injonction de payer afin d’obtenir un titre exécutoire et, in fine, d’obtenir le recouvrement de vos factures.
Lorsqu'une entreprise fait face à un client qui ne paie pas ses factures, la saisie par un huissier (désormais commissaire de justice) peut être envisagée pour recouvrer la créance. Cette procédure permet de saisir et de vendre certains biens du débiteur pour se faire payer. Mais attention, tous les biens ne sont pas saisissables. La loi prévoit des protections pour certains biens essentiels à la vie du débiteur.
Bon à savoir : la saisie par un huissier doit être proportionnée au montant de la créance. C’est-à-dire que le commissaire de justice ne peut pas saisir des biens d'une valeur excessive par rapport à la dette.
Les biens saisissables peuvent être classés en deux grandes catégories : les biens meubles et les biens immobiliers.
Les biens meubles sont les biens qui peuvent être déplacés, comme pour une saisie sur voiture. Ils comprennent notamment :
Les biens immobiliers sont les biens qui sont attachés au sol et qui ne peuvent pas être déplacés. Ils comprennent :
Attention : la résidence principale de l'entrepreneur individuel est insaisissable de plein droit par ses créanciers professionnels, c'est-à-dire ceux dont la créance est née de son activité (article L526-1 du Code de commerce). Cette protection ne joue pas contre l'administration fiscale en cas de manœuvres frauduleuses ou de manquements graves et répétés à ses obligations fiscales. En dehors de ce cadre (particulier, dette personnelle), la résidence principale ne bénéficie pas de cette protection légale.
La loi prévoit une liste de biens insaisissables, c'est-à-dire de biens qui ne peuvent pas être saisis par un commissaire de justice. Cette protection vise à garantir un minimum vital au débiteur et à éviter qu'il ne se retrouve totalement démuni.
Les principaux biens insaisissables sont :
Lorsqu'une entreprise est confrontée à un client qui ne paie pas ses factures, la saisie par un huissier (aujourd'hui appelé commissaire de justice) peut être envisagée pour recouvrer la créance. Il existe en réalité plusieurs types de saisies, chacune adaptée à des situations et des biens spécifiques.
La saisie conservatoire est une mesure provisoire : elle rend les biens du débiteur indisponibles, sans les vendre, pour garantir le paiement futur de la créance. Elle suppose une créance qui paraît fondée dans son principe et des circonstances qui menacent son recouvrement (article L511-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Le créancier doit en principe obtenir l'autorisation du juge de l'exécution (JEX) avant d'y procéder. Cette autorisation n'est pas nécessaire s'il détient un titre exécutoire ou une décision de justice qui n'a pas encore force exécutoire, ni en cas d'impayé sur une lettre de change acceptée, un billet à ordre, un chèque ou un loyer prévu par un bail écrit. Si la saisie conservatoire est pratiquée sans titre exécutoire, le créancier doit engager dans le mois une procédure pour en obtenir un, sinon la mesure devient caduque.
La saisie d'exécution forcée, quant à elle, est une mesure qui permet au créancier de faire vendre les biens du débiteur pour se faire payer sur le produit de la vente. Elle est utilisée lorsque le créancier dispose d'un titre exécutoire et que le débiteur ne paie pas sa dette.
La saisie-vente est l'une des procédures les plus connues de saisie par un huissier. Elle permet de saisir et de vendre les biens meubles corporels appartenant au débiteur, c'est-à-dire les biens qui peuvent être déplacés.
La saisie-attribution permet de saisir les créances que le débiteur détient sur des tiers. Par exemple, si votre client est une entreprise, vous pouvez saisir les sommes d'argent que ses propres clients lui doivent. La saisie-attribution est aussi très utilisée sur les comptes bancaires du débiteur : elle entraîne le transfert immédiat des sommes au profit du créancier. Elle ne doit pas être confondue avec la saisie conservatoire sur compte bancaire, qui bloque temporairement les fonds sans les transférer.
La saisie sur rémunération permet de saisir une partie du salaire du débiteur pour rembourser sa dette. Depuis le 1er juillet 2025, cette procédure est déjudiciarisée : elle est conduite directement par le commissaire de justice, sans audience préalable devant le juge.] Cette saisie est encadrée par des règles strictes pour protéger le débiteur et lui garantir un minimum vital. Le montant de la saisie des rémunérations est limité en fonction du salaire du débiteur et du nombre de personnes à charge. Dans tous les cas, le débiteur conserve au minimum une somme égale au montant forfaitaire du RSA pour une personne seule.
La saisie immobilière permet de saisir et de vendre les biens immobiliers du débiteur, tels que sa maison, son appartement ou son terrain. Cette procédure est plus complexe et plus longue que la saisie-vente, car elle nécessite l'intervention d'un juge. La saisie immobilière est souvent utilisée en dernier recours, lorsque les autres types de saisie n'ont pas permis de recouvrer la créance.
La saisie par huissier est une procédure encadrée par la loi et doit respecter un formalisme précis pour être valable. Legalstart vous présente les étapes principales de cette démarche, même si elles peuvent sensiblement varier d’un type de saisie par huissier à l’autre.
Le créancier doit être en possession d'un titre exécutoire en cours de validité, c'est-à-dire d'un document qui lui donne le droit de faire saisir les biens du débiteur. Il peut s'agir d'une décision de justice (jugement, ordonnance d’injonction de payer), d'un acte notarié ou d'un autre titre prévu par la loi. Les lettres de change et les billets à ordre n'en font pas partie : ils permettent seulement de pratiquer une saisie conservatoire sans autorisation préalable du juge.
Le commissaire de justice signifie au débiteur un commandement de payer. En matière de saisie-vente, le débiteur dispose alors de 8 jours à compter de la signification pour régler sa dette (article R221-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Autrement dit, le compte à rebours est lancé. Ce commandement mentionne notamment le titre exécutoire et le détail des sommes réclamées (principal, frais et intérêts). Passé ce délai, le commissaire de justice peut procéder à la saisie.
Indépendamment de la saisie, le débiteur peut demander au juge un délai de grâce (article 1343-5 du Code civil). Le juge peut alors reporter ou échelonner le paiement de la dette dans la limite de deux ans. Ce délai n'a rien d'automatique : il faut en faire la demande, et le juge tranche en tenant compte de la situation du débiteur et des besoins du créancier.
Si le débiteur ne paie pas sa dette dans le délai imparti, le commissaire de justice se rend à son domicile ou dans ses locaux professionnels pour procéder à la saisie.
Lors de sa visite, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de saisie, qui décrit les biens saisis. Ce procès-verbal est un document important qui constate la réalité de la saisie et qui permet de déterminer la valeur des biens saisis.
Si le débiteur est absent lors de la visite du commissaire de justice, ce dernier laisse un avis de passage et un avis de saisie-vente. L'avis de passage d'huissier informe le débiteur de la tentative de saisie et lui indique les modalités pour prendre contact avec le commissaire de justice. L'avis de saisie-vente l'informe de la saisie de ses biens.
Avant toute vente forcée, le débiteur dispose d'un mois pour vendre lui-même, à l'amiable, les biens saisis, à condition que le créancier accepte les conditions de la vente. C'est souvent la solution la plus avantageuse pour lui. À défaut de paiement ou de vente amiable, les biens saisis peuvent être vendus aux enchères publiques. Le produit de la vente est ensuite utilisé pour rembourser le créancier.
Les frais de saisie comprennent :
En pratique : les tarifs des actes réglementés des commissaires de justice sont fixés par arrêté et révisés régulièrement. Le coût total d'une saisie dépend de la nature des actes, du montant de la créance et des frais annexes (déplacement, garde, publicité). Pour avoir un chiffre précis, le plus simple reste de demander un devis à un commissaire de justice.
En règle générale, c'est le débiteur qui supporte les frais de la saisie. Si la saisie aboutit à la vente des biens du débiteur, les frais de saisie seront prélevés sur le produit de la vente, avant même le remboursement de la créance du créancier. Si la saisie n'aboutit pas à la vente des biens, par exemple si le débiteur règle sa dette avant la vente, les frais de saisie restent à sa charge. Le créancier peut alors demander au débiteur de lui rembourser ces frais.
À retenir : si la saisie est effectuée à tort, par exemple si le créancier se trompe de débiteur ou si la créance n'est pas exigible, les frais de saisie sont à la charge du créancier.
Dans le cas d'une saisie conservatoire, qui vise à préserver les droits du créancier en attendant une décision de justice, les frais de saisie sont généralement à la charge du créancier. Si la saisie conservatoire est jugée justifiée, le débiteur pourra être condamné à rembourser ces frais.
Si le créancier et le débiteur parviennent à un accord amiable pour le règlement de la dette, ils peuvent convenir que les frais de saisie seront partagés entre eux ou pris en charge par l'une des parties.
Attention : si le débiteur est insolvable, c'est-à-dire qu'il n'a pas les moyens de payer ses dettes, le créancier peut être amené à supporter les frais de saisie. Dans ce cas, le créancier a tout intérêt à évaluer la pertinence de la saisie et le risque de ne pas pouvoir recouvrer ses frais.
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Pierre Aïdan
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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