Entreprise en redressement judiciaire : définition et implications
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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Les procédures collectives sont des mesures judiciaires qui ont pour but de garantir la poursuite de l’activité d’une entreprise tout en respectant les droits des créanciers. À ce titre, le déroulement des procédures collectives a été conçu pour mettre en balance les intérêts de l’entreprise en difficulté et ceux de ses créanciers.
La période suspecte illustre parfaitement cette mise en balance. Il s’agit de la période avant un redressement judiciaire ou une liquidation. Les actes de gestion accomplis par le dirigeant durant ce laps de temps sont examinés par le tribunal. Quelle est la durée de la période suspecte ? Quelles sont ses conséquences sur les actes passés durant ce délai ? Legalstart vous explique tout dans cet article.
Mini-Sommaire
La période suspecte, par définition, désigne le délai écoulé entre la date de cessation des paiements et la date de jugement d'ouverture d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire. Elle concerne uniquement ces deux procédures collectives.
Il s’agit de la date à compter de laquelle l’entreprise n’a plus été en mesure de faire face à ses dettes grâce à ses liquidités (compte bancaire, caisse, créances clients, etc.). Durant ce laps de temps, les actes de gestion accomplis par le dirigeant sont examinés par le tribunal. Ils peuvent être annulés ou faire l’objet de poursuites.
En pratique : la date de cessation des paiements permet de déterminer la période suspecte. Cette dernière est fixée par le tribunal lors du jugement d’ouverture.
À retenir : une déclaration de cessation de paiement doit être effectuée par le débiteur dans les 45 jours après sa survenance.
La période suspecte d'une procédure collective a une durée variable. Elle débute la première heure du jour de la cessation de paiement ou du dépôt de bilan. Cette date est parfois complexe à déterminer, notamment si l’entreprise a obtenu des délais de paiement ou des remises de dettes.
La fin de la période suspecte est la liquidation judiciaire ou la procédure de redressement engagée. La durée de cette période peut aller jusqu’à 18 mois maximum.
Bon à savoir : il n’existe pas de période suspecte pour une procédure de sauvegarde judiciaire. En effet, elle ne suppose pas d’état de cessation de paiement.
Lors de la période suspecte, l’entreprise continue de fonctionner de manière habituelle. Seulement, le dirigeant prend conscience que son entreprise fait face à d’importantes difficultés. Il ne sera pas en mesure de rembourser l’ensemble de ses créanciers (fournisseur, bailleur, partenaire, etc.).
L’arbitrage du dirigeant d'entreprise va nécessairement être favorable à certains créanciers et défavorable à d’autres. Pour favoriser certains d’entre eux, il peut décider de payer des dettes non échues. En outre, le chef d’entreprise peut vouloir mettre certains biens à l’abri en accomplissant des actes contestables. Par exemple, une donation ou la vente de biens pour un prix inférieur à leur valeur. C’est pourquoi les actes accomplis durant cette période sont qualifiés de suspects.
Une fois la procédure collective ouverte, ils pourront être remis en cause par le tribunal qui va pouvoir annuler ceux qui portent atteinte au principe d’égalité des créanciers. On parle alors de nullité de la période suspecte.
Les nullités de la période suspecte prévues par les articles L632-1 à L632-4 du Code de commerce sont de différents ordres. De plus tous les actes ne sont pas concernés. Enfin, les conséquences de la nullité des actes passés pendant la période suspecte sont multiples.
Il existe deux types de nullité pour la période suspecte mentionnés dans le Code Civil :
Bon à savoir : les nullités de la période suspecte en redressement judiciaire et en liquidation judiciaire fonctionnent de la même manière.
Les actes concernés par la nullité au cours de la période suspecte en liquation judiciaire ou en redressement sont ceux pouvant être automatiquement annulés ou faisant l'objet d'une appréciation par le juge au cas par cas.
Certains actes accomplis pendant la période suspecte peuvent être annulés de plein droit. Cela signifie que si l’administrateur ou le liquidateur judiciaire demande la résolution de l’acte, le tribunal est obligé de l’accorder.
C’est notamment le cas :
Zoom : un contrat de travail conclu pendant la période suspecte peut être rendu nul. C’est le cas si la rémunération du contrat est largement supérieure aux minimas conformes à la catégorie d'emploi du salarié ou s’il vise à faire bénéficier le dirigeant de droits sociaux. La nullité rétroactive du contrat entraîne la restitution du salaire par l’employé.
Certains actes commis durant la période suspecte sont soumis à l’appréciation d’un juge pour leur éventuelle annulation. Il s’agit :
L’objectif des nullités de la période suspecte en procédure collective est de reconstituer le patrimoine de l’entreprise pour permettre le remboursement des créanciers. C’est pourquoi, lorsqu’un acte est annulé, cette nullité est rétroactive, mais unilatérale :
Voici un exemple. Pendant la période suspecte, le dirigeant a vendu un bien de l’entreprise pour obtenir un peu de trésorerie. Cependant, il s’avère que le bien a été bradé : le prix de vente ne correspond même pas à un dixième de la valeur réelle du bien. Le tribunal a donc prononcé la nullité de la vente.
En principe, l’acheteur devrait rendre le bien vendu au vendeur, et le vendeur devrait rendre l’argent déboursé à l’acheteur. Toutefois, ce n’est pas le cas !
En procédure collective, l’entreprise en difficulté qui a bradé un de ses biens en période suspecte le récupère. En revanche, elle n’a pas à en rembourser le prix au créancier vendeur. Le vendeur va donc avoir une créance qu’il doit déclarer au passif du débiteur, en procédant à une déclaration de créances.
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Pierre Aïdan
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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