Plus-value de SCI : quelle imposition ?
Diplômé de l'ESSEC Business School.
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L'essentiel de l'article :
Lorsque l’on veut se lancer dans la création d'une SCI, la question de l’imposition n’est pas à négliger. Le régime fiscal se choisit souvent dès les statuts, et il pèse ensuite sur chaque étape de la vie de la société : l'imposition des loyers, la déduction des travaux, la revente du bien et la transmission des parts.
Qui paie l'impôt, les associés ou la société ? Qu'est-ce qui se déduit dans chaque régime, et que coûte la revente ? Combien de temps l'option pour l'IS vous engage-t-elle, et quels critères permettent de trancher ? Que choisir pour une SCI, IR ou IS ?
Mini-Sommaire
Une société civile immobilière relève de l'impôt sur le revenu tant qu'elle n'a pas choisi un autre régime. L'impôt sur les sociétés ne s'applique que sur option, ou de plein droit lorsqu'elle exerce une activité commerciale.
Une SCI à l'IR n'est pas imposée en tant que telle. Chaque associé déclare la part des résultats qui correspond à sa participation au capital, y compris quand la SCI ne lui reverse pas cette somme. La société dépose une déclaration de résultat n° 2072 qui sert de base à ces déclarations individuelles.
La présence d'une société soumise à l'IS parmi les associés ne fait pas changer la SCI de régime. Seule la quote-part de résultat revenant à cette société est déterminée selon les règles de l'IS et intégrée à son propre résultat imposable. Les associés personnes physiques restent imposés à l'IR.
L'option pour l'IS peut être exercée dès la création ou en cours de vie sociale. Elle est notifiée au service des impôts des entreprises avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel la SCI veut être soumise à l'IS. Elle peut ensuite être révoquée jusqu'au cinquième exercice suivant celui au titre duquel elle a été exercée, puis devient irrévocable (article 239 du Code général des impôts). Une SCI qui a opté au titre de 2027 peut donc y renoncer jusqu'à l'exercice 2032.
Une SCI peut aussi relever de l'IS sans l'avoir choisi. C'est le cas lorsqu'elle exerce une activité commerciale, comme la location meublée, au-delà de 10 % de son chiffre d'affaires hors taxes. L'administration considère alors que cette activité n'est plus accessoire.
L'IR convient aux associés qui veulent une gestion simple et qui envisagent de conserver le bien longtemps. Ses atouts tiennent à la transparence fiscale, à la déduction des déficits et au régime des plus-values, ses limites, à l'imposition annuelle de chaque associé à son propre taux.
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Lorsqu'une SCI (articles 1845 à 1870-1 du Code civil) est soumise à l'IR, on parle de "SCI transparente". Cela signifie que la société n’est pas directement imposée : ses bénéfices sont imposés à travers les associés. En effet, ces derniers vont déclarer le montant des bénéfices correspondant à leur quote-part dans le capital social et seront imposés dessus au titre de l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus fonciers.
En pratique : si un associé détient 30 % des parts sociales de la SCI, il doit déclarer 30 % des bénéfices.
Ce mécanisme permet à chaque associé de la SCI d’être imposé selon son propre taux d’imposition. Ainsi, s’il existe des écarts de revenus importants entre les différents associés, ils ne subiront pas la même charge d’imposition. S'y ajoutent les prélèvements sociaux, dus par chaque associé sur sa quote-part.
Attention : en revanche, les associés sont tous soumis aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.) qui s'appliquent aux revenus fonciers, à hauteur de 17,2 % sur leur quote-part.
Avec une SCI à l'IR, deux régimes d'imposition des revenus fonciers sont possibles : le micro-foncier et le régime réel. Le micro-foncier s'applique lorsque les revenus fonciers bruts du foyer ne dépassent pas 15.000 € par an, et il ouvre droit à un abattement forfaitaire de 30 %, sans déduction des charges ni du déficit foncier.
Encore faut-il que l'associé y ait accès : il doit aussi être propriétaire en direct d'au moins un immeuble donné en location nue. Un associé qui ne perçoit ses loyers qu'au travers de la SCI relève donc du régime réel, quel que soit le montant de ses revenus fonciers.
Dans le cadre du régime réel, vous aurez l'avantage de pouvoir déduire vos charges, comme les frais engendrés par des travaux, l'assurance, etc.
Lorsque la société civile immobilière réalise un déficit foncier, ce dernier est imputable :
L’imputation des déficits fonciers de la SCI sur les revenus des années suivantes ou sur le revenu global permet donc de lisser les charges fiscales sur le moyen terme. La limite d'imputation sur le revenu global est portée à 21.400 € pour les travaux de rénovation énergétique qui font passer un logement d'une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D, lorsque les dépenses sont payées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2027. Ces éléments sont à prendre en compte pour le choix d'une SCI à l'IR ou l'IS.
Question fréquente : dans une SCI à l'IR, comment se répartit le bénéfice ? Dans une SCI à l'IR, les bénéfices ne sont pas "distribués" formellement comme des dividendes. Ils sont directement imposés entre les mains des associés à proportion de leurs parts, qu'ils soient réinvestis ou non.
À noter : la plus-value est la différence entre le prix d'achat et le prix de vente d'un bien. Par exemple, si vous achetez un bien 300.000 €, mais que vous le revendez 340.000 €, vous réalisez une plus-value de 40.000 €.
Un autre avantage d’une SCI à l’IR plutôt qu’à l’IS est son imposition des plus-values de cession de biens. En effet, lorsque la SCI cède un bien, ses associés sont imposés sur la cession de la même manière qu’un particulier serait imposé sur la cession d’un bien immobilier, au taux de 19 % auquel s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux en 2026. Au-delà de 50.000 € de plus-value nette imposable, une surtaxe de 2 % à 6 % s'ajoute, sauf pour les terrains à bâtir (article 1609 nonies G du Code général des impôts). Cela est avantageux à deux niveaux : le calcul de la plus-value et l'abattement pour durée de détention du bien.
Pour calculer la plus-value, vous avez la possibilité d’augmenter le prix d’achat du bien en prenant en compte les frais engagés. Il vous est possible d'ajouter les frais d’acquisition, les frais de travaux ou encore les frais de voirie, réseaux et distribution. Ces frais peuvent être comptabilisés réellement ou forfaitairement. La comptabilisation de ces frais permet de réduire le montant de la plus-value.
Si la SCI détient un bien depuis plus de 5 ans, un abattement progressif est appliqué sur le montant de la plus-value lors de la vente du bien, à partir de la sixième année (article 150 VC du Code général des impôts). Cette règle s'applique, avec des taux différents, pour l'imposition et les prélèvements sociaux. Ainsi, au-delà de 22 ans de détention, la plus-value est exonérée d'impôt sur le revenu. Elle est également exonérée de prélèvements sociaux au-delà de 30 ans de détention.
Zoom : concernant la SCI à l'IR, l'amortissement se passe comment ? En principe, dans une SCI à l'IR, l'amortissement du bien immobilier n'est pas déductible des revenus fonciers des associés. Il n'est donc pas un levier fiscal pour ce régime.
Pour les SCI soumises à l'impôt sur le revenu (IR), la cession de parts sociales est assimilée à une cession d'immeuble et relève du régime des plus-values immobilières des particuliers. Cela signifie que le calcul de la plus-value prend en compte la durée de détention des parts et bénéficie d'un abattement progressif conduisant à une exonération totale après 22 ans pour l'impôt sur le revenu et 30 ans pour les prélèvements sociaux. C'est un point clé pour les associés qui envisagent de céder leurs parts après une longue période de détention, offrant un avantage fiscal non négligeable par rapport à d'autres formes de transmission ou de cession.
Quel que soit le régime fiscal de la SCI, la forme de la cession est encadrée depuis le 27 juin 2026. L'acte doit être établi, à peine de nullité, par un notaire, contresigné par un avocat ou rédigé par l'expert-comptable de la société dans le cadre de sa mission (article 1865-1 du Code civil). Fini l'acte de cession rédigé seul sur un coin de table.
La transparence a un revers. Chaque associé est imposé tous les ans sur sa quote-part, même si la SCI conserve les loyers pour rembourser un emprunt ou financer des travaux. Autrement dit, l'impôt n'attend pas que l'argent arrive sur votre compte. Pour un associé dont le taux marginal d'imposition atteint 41 % ou 45 %, ces revenus fonciers supportent ce taux, majoré de 17,2 % de prélèvements sociaux. Et l'immeuble ne s'amortit pas, si bien qu'une fois les intérêts d'emprunt et les travaux déduits, le loyer net est imposé en totalité.
L'IS déplace l'impôt des associés vers la société. Il intéresse les SCI qui dégagent des bénéfices importants, qui financent leurs acquisitions à crédit ou qui conservent leurs résultats pour réinvestir, au prix d'une gestion plus lourde et d'une revente plus coûteuse.
Lorsque vous décidez d’opter pour l’imposition de la SCI à l’IS, seule la société est imposée au taux de 25 %. Un taux réduit de 15 % s'applique à la part des bénéfices allant jusqu'à 42.500 €, à condition que le chiffre d'affaires ne dépasse pas 10.000.000 € et que le capital soit entièrement libéré et détenu pour au moins 75 % par des personnes physiques.
Attention : en cas de versement de dividendes, les associés sont imposés personnellement en 2026 au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ils peuvent opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu, qui ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes.
Si une SCI est soumise à l’impôt sur les sociétés, elle peut déduire les charges de son bénéfice imposable, telle que la rémunération du gérant, et ainsi réduire l’assiette de l’impôt.
Un autre avantage de la SCI à l’IS plutôt qu’à l’IR est la possibilité pour la société d’amortir l’achat de ses biens immobiliers et donc de déduire les amortissements du résultat fiscal. L’amortissement d’un bien permet de comptabiliser sa perte de valeur liée à l’usure ou au temps. Cela permet d’étaler le coût de l’investissement pour l’acquisition d’un bien et est donc avantageux fiscalement lorsque votre SCI vient d’acquérir un bien immobilier. C'est un avantage à prendre en compte dans votre choix d'une SCI à l'IR ou l'IS.
Les cessions de parts dans les SCI soumises à l’IS sont assimilées à des cessions de biens mobiliers et non à des cessions de biens immobiliers. La plus-value relève donc du régime des valeurs mobilières. Elle est soumise par défaut au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, sans abattement pour durée de détention. Un abattement n'est possible que pour des parts acquises avant le 1er janvier 2018, et seulement si l'associé opte pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu.
Lorsqu'une SCI est soumise à l'IS et que le gérant associé se rémunère via des dividendes, le choix pèse aussi sur sa protection sociale. Contrairement à une rémunération soumise à cotisations sociales, les dividendes ne donnent pas lieu à la validation de droits à la retraite ou à une couverture maladie. L'arbitrage entre rémunération, soumise à cotisations, et dividendes, soumis aux prélèvements sociaux et à l'impôt sur le revenu, conditionne donc le niveau de protection sociale du gérant.
La contrepartie de l'amortissement apparaît à la revente. La plus-value réalisée par une SCI à l'IS se calcule par rapport à la valeur nette comptable du bien, c'est-à-dire son prix de revient diminué des amortissements pratiqués. Elle entre ensuite dans le résultat de la société, imposé à 15 % ou 25 %, sans aucun abattement pour durée de détention. Plus le bien a été amorti, plus la plus-value imposable est élevée. L'amortissement fait gagner du temps sur l'impôt, mais la facture revient à la sortie.
La gestion est aussi plus exigeante. La SCI à l'IS tient une comptabilité complète et dépose chaque année une déclaration de résultat n° 2065. Enfin, les bénéfices distribués sont imposés deux fois : à l'IS dans la société, puis au prélèvement forfaitaire unique ou au barème entre les mains des associés.
IS ou IR pour votre SCI ? Voici un tableau comparatif pour vous aider dans votre choix d’imposition de votre SCI.
| Critère |
SCI à l’IR |
SCI à l’IS |
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Modalités d’imposition |
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La société est directement imposée sur son bénéfice à l’impôt sur les sociétés, et les associés sont imposés sur leurs dividendes. |
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Taux d’imposition |
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25 % (taux réduit à 15 % sous conditions) |
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Choix entre régime micro-foncier et régime réel |
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Non |
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Déficit |
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Report du déficit sur les 10 ans |
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Déduction des charges |
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Plus-values |
Régime des plus-values immobilières de particuliers :
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Obligations comptables |
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Le tableau fait apparaître deux logiques : l'IR allège la gestion et la revente, mais impose chaque année les associés à leur propre taux. L'IS abaisse l'impôt courant grâce à l'amortissement, puis le reprend à la revente et à la distribution.
Le choix d'un régime dépend de la situation personnelle des associés, de la durée de détention envisagée et du sort réservé aux bénéfices.
Par exemple, si la majorité des associés relève des tranches de 41 % ou 45 % de l'impôt sur le revenu, l'imposition de la SCI à 15 % puis 25 % peut s'avérer plus avantageuse, surtout si la société conserve ses bénéfices pour rembourser un emprunt ou financer de nouvelles acquisitions.
À l'inverse, une SCI qui gère simplement un patrimoine personnel, perçoit des loyers modérés et prévoit une détention longue tire peu d'avantage de l'IS, qui alourdit la gestion administrative des biens et renchérit la revente. Le comparatif chiffré des deux régimes sur la durée du projet, loyers, travaux, emprunt et revente compris, éclaire le choix mieux qu'un critère isolé.
Attention : lorsque les associés d'une SCI choisissent d'opter pour l'impôt sur les sociétés, ils peuvent y renoncer jusqu'au cinquième exercice suivant celui au titre duquel l'option a été exercée. Au-delà, l'option devient définitive. Une SCI qui renonce à l'option ne peut plus opter de nouveau pour l'IS.
Le cas de la SCI familialeComme n'importe quelle SCI, la SCI familiale est par défaut soumise à l'IR. Elle peut, elle aussi, opter pour l'impôt sur les sociétés.
La SCI familiale est habituellement créée dans l'objectif d'une transmission de patrimoine. La cession de parts dans une SCI à l'IR est soumise au régime des plus-values immobilières des particuliers, qui est assez avantageux. Dans le cas d'une SCI à l'IS, c'est le régime des plus-values mobilières qui s'applique, sans abattement pour durée de détention sous le prélèvement forfaitaire unique. Lorsque la transmission se fait par donation de parts plutôt que par vente, ce sont les droits de donation qui s'appliquent, quel que soit le régime de la SCI. Votre choix devra donc se faire en fonction de votre projet de transmission.
SCI à l'IR ou l'IS : Legalstart prend en charge les formalités de création de la SCI, y compris lorsque les associés optent pour l'IS dès les statuts.
Résumer cet article avec :
Thomas Wittenmeyer
Diplômé de l'ESSEC Business School.
Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.Fiche mise à jour le
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