Immatriculation de son entreprise : le guide complet
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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L'essentiel de l'article :
Lors de la création d’une société, quand un associé apporte un bien plutôt qu'une somme d'argent, sa valeur doit reposer sur autre chose que sa seule parole. C'est le rôle du commissaire aux apports : un professionnel indépendant qui chiffre les apports en nature versés au capital d'une société.
Son intervention n'est pas systématique, et les sanctions en cas d'évaluation gonflée changent selon la forme de société. Voici quand il devient obligatoire, comment le désigner et ce que l'on risque en cas de surévaluation.
Mini-Sommaire
Le commissaire aux apports est un professionnel indépendant, un commissaire aux comptes, chargé d'évaluer les apports en nature réalisés au capital d'une société. Son but : protéger les associés et les tiers contre une valeur gonflée.
Il examine chaque bien apporté (matériel, véhicule, fonds de commerce, brevet, immeuble) et en apprécie la valeur avec des méthodes adaptées. Quand un bien demande des connaissances techniques pointues, il peut s'appuyer sur un expert. Son rapport, annexé aux statuts, décrit chaque apport et la méthode retenue.
Le rôle du commissaire aux apports, par définition, est d’évaluer la valeur des apports en nature, c’est-à-dire des biens apportés à la société par les différents associés. Il doit chiffrer la valeur marchande des biens et déterminer le nombre de parts sociales ou d’actions à émettre en conséquence.
Pour l’exercice de cette mission, le commissaire aux apports peut se faire accompagner par un ou plusieurs experts. En effet, l’évaluation de certains biens nécessite des connaissances techniques précises dans certains domaines. Par exemple, pour l’évaluation d’un brevet sur un produit de beauté, le CAA peut s’appuyer sur l’avis d’un expert en cosmétique.
Le commissaire aux apports doit dresser un rapport d’évaluation. Ce rapport doit :
À noter : tous les associés doivent approuver l’évaluation des apports en nature, conformément à l'article L225-147 du Code de commerce. Ils peuvent malgré tout décider de ne pas suivre le rapport du commissaire aux apports, auquel cas ils sont responsables à l’égard des tiers de la valeur donnée pendant une durée de 5 ans.
Le commissaire aux apports peut être amené à intervenir à différents moments de la vie de la société :
Bon à savoir : il est indispensable de penser au dépôt au greffe du rapport du Commissaire aux apports. Ce rapport doit également être annexé aux statuts constitutifs de la société.
La nomination d’un commissaire aux apports est obligatoire dans certains cas qui sont notamment prévus à l'article L225-8 du Code de commerce. Il est en effet possible, en respectant certaines conditions, de ne pas en nommer un.
En principe, la désignation d’un commissaire aux apports dans une SAS ou une SARL est obligatoire dès lors qu’au moins l’un des associés réalise un apport en nature.
La société peut néanmoins être dispensée de nommer un commissaire aux apports de SARL ou de SAS si les deux conditions suivantes sont respectées (article L223-9 du Code de commerce) :
Par exemple : si le capital social est de 60.000 € et que l’apport en nature a une valeur d’environ 20.000 €, la société sera dispensée de nommer un commissaire aux apports.
L’EURL et la SASU sont les formes unipersonnelles de la SARL et de la SAS. Par conséquent, elle ne compte qu’un seul associé. En principe, il est obligatoire de nommer un commissaire aux apports.
L'associé unique peut néanmoins s'en passer si les mêmes conditions qu'en SARL ou SAS sont respectées. Pour rappel :
Il existe aussi un autre cas de dispense de nomination de commissaire aux apports spécifiques aux EURL et aux SASU. L'associé unique n'est pas obligé de nommer un commissaire aux apports si :
Malgré ces possibilités de dispenses, il reste intéressant de désigner un CAA en cas d’apport en nature réalisé par l’associé unique, afin de se prémunir vis-à-vis des tiers. En effet, en cas de mauvaise évaluation du bien apporté, les créanciers de la société pourraient engager la responsabilité de l’associé qui a lui-même évalué le bien sans pouvoir justifier de la valeur retenue.
Dans le cadre d’un apport en nature dans une société anonyme (SA), la nomination d’un commissaire aux apports est obligatoire.
La désignation d’un commissaire aux apports de SCI est facultative. Il en va de même pour les sociétés en nom collectif.
|
Forme sociale |
Obligation de nommer un CAA |
|
EURL / SASU |
Facultatif |
|
SARL / SAS |
Obligatoire uniquement si apport en nature d’une valeur supérieure à 30.000 € ou correspondant à plus de la moitié du capital social |
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SA |
Obligatoire |
|
SCI |
Facultatif |
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SNC |
Facultatif |
Attention : même si la société peut profiter de la dispense de recourir aux services d’un commissaire aux apports, le recours au CAA est toujours très fortement recommandé. En effet, s’ils optent pour la dispense, les associés sont responsables de la valeur donnée aux apports en nature pendant une durée de 5 ans. Cela signifie qu’en cas de contestation d’un créancier, ils sont solidairement tenus du paiement de la différence entre la valeur qu’ils ont fixée et la valeur réelle du bien.
S'ils ont surestimé frauduleusement la valeur de l'apport en nature, la sanction dépend de la forme : en SARL et en EURL, 5 ans d'emprisonnement et 375.000 € d'amende (article L241-3 du Code de commerce), en SAS, en SASU et en SA, 5 ans d'emprisonnement et 9.000 € d'amende (articles L242-2 et L244-1 du Code de commerce).
Le rôle de commissaire aux apports est obligatoirement tenu par un commissaire aux comptes enregistré auprès de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) : : il s'agit d'une profession réglementée.
Bon à savoir : la personne désignée comme commissaire aux apports de la société ne peut pas être nommée par la suite commissaire aux comptes dans la même société.
Que ce soit dans le cadre d’un apport en nature réalisé pour la création d’une société ou d’une augmentation de capital, par principe, le commissaire aux apports est désigné par un vote des associés. L’unanimité des voix est requise.
À noter : dans une EURL ou une SASU, l’associé unique est le seul décisionnaire pour choisir le CAA. Il peut alors le faire par acte sous seing privé.
Si les associés ne parviennent pas à se mettre d’accord, une requête doit être déposée auprès du président du Tribunal de commerce pour demander la désignation judiciaire d’un commissaire aux apports. Il convient de déposer une requête en deux exemplaires originaux, datés et signés par le ou les requérants. Il est possible de suggérer un ou plusieurs noms pour la nomination du CAA.
Le président du tribunal rend alors une ordonnance désignant le commissaire aux apports.
Concernant les honoraires du commissaire aux apports, le prix dépend principalement de la complexité du dossier et du temps que va devoir y consacrer le professionnel. De plus, s’agissant d’une profession réglementée, les honoraires du CAA sont fixés par décret. Ce dernier détermine une fourchette dans laquelle le professionnel peut facturer ses heures de travail. Ensuite, chaque commissaire aux apports fixe ses propres tarifs dans la fourchette réglementaire.
Ainsi, pour l’évaluation d’un apport en nature par un commissaire aux apports, il faut compter en moyenne entre 500 et 3.000 € d’honoraires. Le montant des honoraires pratiqués est indiqué dans la lettre de mission du commissaire aux apports.
À noter : les honoraires du commissaire aux apports sont à la charge des associés de la société en création. Pour une augmentation de capital, le coût des honoraires du CAA est supporté par la société.
Si la désignation du commissaire aux apports se fait par voie judiciaire, il faut ajouter aux honoraires du CAA le coût de la requête, qui est de 32,72 € (frais postaux inclus).
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Pierre Aïdan
Docteur en droit et diplômé de Harvard.
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