En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies destinés à réaliser des statistiques de navigation et à vous proposer des offres adaptées à vos besoins.
En savoir plus
Fermer
Marguerite DESFORGES
Etudiante à l'EM Lyon en double diplôme avec la Faculté de Droit de Lyon II. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.
Article mis à jour le 06 juillet 2018
Temps de lecture : 3 min

Demain, le 7 juillet 2018, la 105ème édition du Tour de France sera lancée à Noirmoutiers. Le retour de cet événement mythique cher aux coeurs des Français fait remonter à la surface une problématique malheureusement très liée, celle du dopage.

Affaire Froome, affaire Festina, affaire Armstrong… retour sur une pratique et sur sa répression.

dopage tour de france

1924 - “Les Forçats de la route”

Apparu dans le cyclisme à la fin du XIXème siècle, le dopage est avant tout une pratique qui permet aux cyclistes de supporter la douleur provoquée par leurs efforts et, bien sûr, d’améliorer leurs performances.

La pratique du dopage est dévoilée pendant l’été 1924 par le journaliste Albert Londres dans sa série d’articles pour le Petit Parisien, publié plus tard sous le titre “Les forçats de la route”.

Dans cet ouvrage, deux frères, Francis et Henri Pélissier témoignent : “Nous souffrons du départ à l'arrivée. Voulez-vous voir comment nous marchons ? (...) Ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives.”

Pendant plusieurs décennies, le dopage n’est pas un sujet d’inquiétude pour l’opinion publique, malgré les propos de l’écrivain Roland Barthes : “Doper le coureur est aussi criminel, aussi sacrilège que de vouloir imiter Dieu ; c'est lui voler le privilège de l'étincelle.

1965 - L’apparition d’une législation : la loi Herzog

Jusque dans les années 60, il n’existe aucune législation au sujet du dopage. Mais plusieurs incidents ont lieu sur le Tour et dévoilent les dangers causés par la consommation de substances dopantes. En 1955, Jean Malléjac est victime d’un malaise pendant son ascension du mont Ventoux : son soigneur est exclu, une première dans l’histoire de la compétition. En 1961, le docteur Dumas, médecin du Tour, alerte donc la Fédération Française de cyclisme.

En 1965 la loi Herzog est promulguée : c’est la 1ère loi qui encadre la  “répression de l’usage des stimulants à l’occasion des compétitions sportives”. Le dopage est défini juridiquement, sans pour autant que la loi s’avère efficace : en 1966, les 6 cyclistes contrôlés positivement aux amphétamines ne sont victimes d’aucune sanction.

1998 - Le tournant de l’affaire Festina

Plus tard, le Tour s’ouvre à l’international et accueille des cyclistes venant d’Amérique et des pays de l’Est. Avec eux, une toute autre manière de consommer des substances dopantes.

Les sommes investies par les sponsors augmentent, la pression qui pèse sur les coureurs aussi. Le dopage passe d’une pratique artisanale à une organisation médicale.

Dans les années 90, de nouvelles substances dopantes telle que l’EPO permettent aux cyclistes d’améliorer leurs performances à long terme et deviennent alors partie intégrante de leur entraînement.

En 1998, l’affaire Festina marque un tournant dans l’histoire du dopage au sein du Tour de France. Un simple contrôle de routine à la douane française révèle la présence de quatre cents flacons de produits dopants et stupéfiants dans la voiture du médecin de l’équipe Festina, dont faisait partie le célèbre Richard Virenque.

Le retenti médiatique de cette affaire est énorme : le grand public réalise à quel point le dopage est organisé et le poids prépondérant des médecins.

1999 - Création d’organismes de répression indépendants et internationaux

Après l’affaire Festina, les organisateurs du Tour et les autorités sportives entrent en guerre contre le dopage. En 1999, l’Agence mondiale antidopage (AMA) est créée en tant que fondation internationale et indépendante.

En 2004 le Code mondial antidopage entre en vigueur : il a pour but d’harmoniser la réglementation antidopage dans tous les sports et dans tous les pays. Aujourd’hui, près de 600 organisations sportives l’ont adopté.

La Convention internationale de l'UNESCO contre le dopage dans le sport est adoptée à l’unanimité en 2005 par les 191 Etats présents à la Conférence générale. Il s’agit du premier traité universel de ce genre.

2018 - Et si le dopage n’était plus une affaire médicale mais judiciaire ?

Revenu sur les devants de la scène cette semaine avec le blanchiment de Chris Froome suite à plusieurs mois de procédure judiciaire, la répression antidopage ne serait-t-elle pas plus une affaire d’avocats que de médecins ?

Aujourd’hui, la lutte antidopage semble avancer à 2 vitesses. La défense d’un cycliste star comme Chris Froome aurait coûté plusieurs millions d’euros, un budget largement supérieur à celui de l’Agence mondiale Antidopage. Un coureur moins connu aurait-t-il eu les moyens de se défendre dans une telle situation ? Quoi qu’il en soit on semble arriver ici sur un sujet bien plus business que sportif.

Et si le dopage au sein du Tour de France était légèrement surmédiatisé ? Avec un départ décalé cette année pour laisser la place au Mondial 2018, l’occasion est peut être venue de rappeler le bon mot de Bernard Tapie: “les cyclistes sont des enfants de chœur comparés aux footballeurs”.

Mise en ligne: 06/07/2018

Rédacteur: Marguerite DESFORGES, étudiante à l'EM Lyon en double diplôme avec la Faculté de Droit de Lyon II. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.

Inscrivez-vous à notre newsletter

pour recevoir nos dernières informations