Nous utilisons des cookies.
En savoir plus
Fermer
Jean-Baptiste Rouge
Etudiant en droit à l'Université Paris II Assas. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.
27 février 2018
Temps de lecture : 3 min

L’héritage de Johnny : éclairage sur un imbroglio juridique

Deux mois après la mort du chanteur, sa succession pose déjà les bases d’un contentieux long et sensible. La mésentente pourrait mener à un feuilleton juridique devant des juges, mais lesquels ?

héritage johnny hallyday

En France, que tous les enfants se rassurent, il n’est pas possible d’être déshérité : les descendants héritent de leurs parents et ce, de façon égalitaire en principe. Il existe ce qu’on appelle la “réserve héréditaire” au terme de laquelle une partie du patrimoine ne peut être retirée aux enfants héritiers. Il est néanmoins possible de disposer d’une certaine marge de manœuvre dans l’organisation de sa succession. Toute personne dispose en effet d’une “quotité disponible”, c’est-à-dire d’une partie du patrimoine pouvant être transmise librement. Cette quotité dépend du nombre d’enfants. Lorsque qu’il y en a plus de trois comme dans le cas de Johnny, elle représente un quart du patrimoine, la réserve couvrant les trois quarts restants. Donc un parent ne peut pas déshériter mais il peut avantager un enfant ou plusieurs enfants en leur léguant tout ou partie de la quotité disponible.

Pourquoi le principe d’interdiction de déshériter ? Cet droit octroyé aux enfants héritiers à pour objectif principal de pacifier les relations familiales souvent exacerbées par les passions intimes et les conflits d’intérêts patrimoniaux. La seule exception concerne les cas de crimes contre le parent lui-même, hypothèse dans laquelle l’enfant peut logiquement être privé de toute succession.

La succession de Johnny interpelle bien évidemment en raison de la fascination suscitée par Johnny et ses proches mais également car elle met en lumière une exception au principe de traitement égalitaire des enfants. En réalité, la situation actuelle est plus liée au fait que Johnny était résident californien qu’à son statut de star.

Depuis 2015, il est désormais possible à un résident d’un pays étranger (dans l’UE ou ailleurs) d’appliquer les règles du pays où il est installé pour sa succession.

Dans le cas où un européen vit en dehors de son pays, la loi applicable pour sa succession est donc celle du pays dans lequel il a sa résidence habituelle au moment de son décès, sauf s’il décide de désigner la loi de son pays de nationalité. Or en Californie, chacun est libre de faire ce qu’il souhaite de son héritage. Exclure ses enfants est admis et on peut même désigner comme successeur un animal, ce qui serait impensable en France (un animal n’est encore aujourd’hui qu’un bien, même s’il est “doué d’une sensibilité particulière” selon le code civil).

Dans le cas de Johnny, ce dernier n’a pas exprimé la volonté que la loi de son pays, la France, s’applique. Au contraire, son testament (le quatrième, ndlr), est un acte de droit californien, ce qui démontre une volonté d’appliquer le droit de l’Etat américain. Dans ce testament il est question de biens immobiliers et mobiliers de grande valeur (maisons, voitures et motos de luxe) mais également de droits d’auteur notamment sur des oeuvres musicales avec plus 1 300 chansons concernées.

Depuis plusieurs années, Johnny est installé avec sa famille à Los Angeles. Il s’agit donc de déterminer si sa résidence habituelle est en France ou aux Etats-Unis. L’enjeu tient aux éléments de rattachement : divers éléments concrets  lieux de situations des biens, affinité avec le pays…  « Il y aura débat sur le sujet » prévient Pierre-Yves Gauthier, professeur de droit à Paris II.

Il est possible qu’un conflit juridictionnel entre juges s’ajoute au conflit familial : les juges français et américains se disputent la compétence ou encore, mais c’est moins probable, ils s’estiment tous les deux incompétents. Cela viendrait allonger des délais et complexifier une situation qui semble déjà inextricable. Néanmoins, il y aura bien un des deux juges qui s’exprimera. Deux issues sont possibles :

  • le juge américain s’estime compétent, le juge français incompétent : David et Laura seront alors probablement déshérités comme des enfants américains peuvent l’être ; 
  • le juge américain se prononce sur son incompétence, le juge français se saisit de la question : le droit français s’applique et le testament du chanteur ne pourrait alors en principe être appliqué s’agissant de  la réserve héréditaire, permettant ainsi aux deux premiers enfants de prétendre à des droits.

En cas d’application du droit français, David et Laura peuvent espérer une part de l’héritage de Johnny, Laeticia et ses enfants la jouissance de la dernière résidence et la totalité de la quotité disponible en sus du prorata leur revenant de la réserve héréditaire.

Par son testament, Johnny promet des richesses mais aussi beaucoup de soucis  à ses successeurs. Une chose est sûre, l’histoire ne fait que commencer et elle risque d’être longue.

Mise à jour : 14/02/2018

Rédacteur : Jean-Baptiste Rouge, étudiant en droit à l'Université Paris II Assas. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.

Inscrivez-vous à notre newsletter

pour recevoir nos dernières informations