Article mis à jour le 24 octobre 2017

La technologie blockchain au service de la protection des créations

Jeferson Staelens
Diplômé de la faculté de droit de l'Université Catholique de Lille et de la Widener University. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard.

Experts informatiques, professionnels du droit, hommes et femmes politiques, tout le monde parle de la Blockchain et beaucoup évoquent déjà une "Révolution" comparable à l’arrivée d’Internet et qui promet de "disrupter" des pans entiers de l’économie, de la finance, des systèmes politiques et juridiques, etc.

La France, consciente de ce phénomène a d’ailleurs rapidement tenté d'adapter son cadre législatif à cette nouvelle technologie. La frénésie autour des expérimentations Blockchain est telle qu’il est parfois difficile de différencier fantasmes et réalités. Mais certains cas d’usages ont d’ores et déjà fait leur preuve. C’est le cas notamment de l’utilisation de la blockchain en tant que moyen de certification de documents numériques. Cette utilisation, appliquée à la protection d’une création, permet de se défendre efficacement contre le plagiat ou la contrefaçon.

blockchain

Qu’est-ce que la Blockchain ?

La Blockchain est la technologie sous-jacente à Bitcoin, cette crypto-monnaie apparue en 2008 et qui s'échange, grâce à la Blockchain, sans banque centrale ou autre intermédiaires financiers. Plusieurs blockchains ont été créées depuis mais elles ne partagent nécessairement les mêmes caractéristiques que Bitcoin si bien que définir ce qu’est une blockchain est désormais loin d’être aisée, en témoigne les travaux de l’Organisation Internationale de Normalisation et le projet ISO TC/307. Néanmoins, lorsque l'on évoque "la" Blockchain, c'est à la Blockchain Bitcoin et ses dérivées que l'on se réfère généralement, autrement dit à des blockchains dites publiques car accessibles à tous.

Littéralement, la blockchain désigne une « chaîne de blocs » soit une sorte de base de données ultra-sécurisée dans laquelle peuvent être stockées des informations de toute sorte: transactions, contrats, titre de propriété, etc. Concrètement, deux mécanismes assurent la protection des données inscrites sur la blockchain : son architecture décentralisée et l’utilisation de techniques cryptographiques.

  • Architecture décentralisée : la blockchain fonctionne sur un réseau de pairs-à-pairs. Les informations enregistrées ne sont pas hébergées sur un serveur central mais sur l’ensemble des serveurs du réseau. Conséquence ? Les données ne peuvent en principe être ni perdues ni détruites. Si un serveur tombe en panne, l’information reste accessible car elle est copiée sur les autres serveurs du réseau.
  • Sécurité cryptographique : les informations contenus dans la blockchain sont cryptées de sorte qu’il est virtuellement impossible de les altérer ou de les pirater. A ce jour, la Blockchain Bitcoin n’a jamais été corrompue et les données sont toujours restées intactes.

Au final, la blockchain est donc un registre public que tout le monde peut consulter et utiliser pour enregistrer une donnée tout en ayant l’assurance que celle-ci sera conservée en lieu sûr.

Protéger une création avec la Blockchain, comment ça marche ?

Comment protéger vos droits d'auteurs sur une peinture, une oeuvre musicale ou encore un logiciel ? Plus généralement comment se prémunir contre le plagiat ou la contrefaçon d'une création ? Lorsqu’un contrefacteur estime qu’il est le premier à avoir réalisé une création, la première défense consiste à démontrer le contraire et à prouver, par tout moyen, l'antériorité sur celle-ci. Pour constituer une telle preuve d’antériorité et protéger une création plusieurs outils sont disponibles. La blockchain présente l’avantage d’être simple d’utilisation et économique.

Du point de vue de l'utilisateur, il suffit de répondre à un rapide questionnaire, télécharger sa pièce d'identité ainsi que le fichier contenant les informations relatives à la création à protéger. Ce fichier peut être : 

  • de tout format ( vidéos, image, pdf, fichier son...)
  • de toute taille 

Votre preuve d’antériorité pourra ensuite être obtenue selon le processus décrit ci-dessous:

  1. On calcule l’empreinte numérique SHA-256 du document contenant les informations sur la création à protégerIl est possible de calculer l’empreinte numérique de n’importe quel document, quel que soit son type (fichier texte, vidéo, image, son, pdf…). Cette empreinte est une suite alphanumérique unique qui identifie, de façon certaine, un document donné.  Par exemple : L’empreinte SHA-256 du mot “Legalstart” est “6e4235a28a681f3c91c6b6bc199d87ef05738c42f9bf4e2ec31605db8b220a23”, tandis que celle de “Legal-start” est “aefa09acdcac4ffa07c5ee1cd92feab32ac19369f11ed8cfdae57a6ecd8868f7”.

    L’empreinte numérique change donc du tout au tout dès lors qu’une seule modification est apportée. Grâce à cette méthode, il est possible vérifier si un document a été modifié ou est resté intact.

  2. On enregistre cette empreinte sur la BlockchainToute opération effectuée sur la Blockchain est horodatée. Il est donc possible de connaître la date précise à laquelle l’empreinte a été inscrite. Grâce aux propriétés de la Blockchain, vous avez l’assurance que l’empreinte de votre document sera toujours accessible, de n’importe où et n’importe quand. De plus, la confidentialité de votre création est préservée car ce n’est pas elle qui est enregistrée mais son empreinte numérique.
  3. La preuve d'antériorité est constituée ! En cas d’action en contrefaçon ou de litige concernant la titularité de vos droits sur une création, le document original contenant les informations relatives à votre création sera transmis au tribunal compétent. Un expert calculera alors son empreinte numérique et vérifiera que celle-ci est bien inscrite sur la Blockchain. Si tel est le cas, vous aurez apporté la preuve que votre document existait bien à un instant donnée et que, le cas échéant, votre création est bien antérieure à celle du contrefacteur.

Dans l’idéal, il est recommandé de constituer une preuve d’antériorité pour chaque étape du processus créatif : une oeuvre artistique telle qu’un tableau par exemple, peut en effet contenir plusieurs couches qui peuvent toutes faire l’objet d’une preuve d’antériorité sur la Blockchain.

Créateurs, inventeurs, auteurs-compositeurs, n’hésitez pas à vous saisir de la technologie Blockchain pour protéger vos créations et oeuvres en tous genres !

Mise en ligne : 24/10/2017

Rédaction : Jeferson Staelens, diplômé de la faculté de droit de l'Université Catholique de Lille et de la Widener University. Sous la direction de Pierre Aïdan, docteur en droit et diplômé de Harvard. 

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