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Gaspard de Monclin
avocat spécialisé en droit électoral
27 mars 2018
Temps de lecture : 4 min

Publié le 6 juin 2017

Entre l’élection présidentielle et les élections législatives, l’année 2017 aura été riche en campagnes électorales ! Comme tout entrepreneur, le candidat, entrepreneur politique, fait face à de nombreuses problématiques logistiques, managériales et bien évidemment réglementaires. Porteur de projet, il doit s'acquitter d'un certain nombre de démarches juridiques, à l'image des formalités de création d'entreprise pour l'entrepreneur. Parmi elles, un enjeu essentiel : le compte de campagne et son plafond.

Si vous êtes candidat, vous et votre mandataire financier (le trésorier du candidat) avez l’obligation de tenir un compte qui retrace recettes et dépenses de votre campagne. Lorsque celle-ci sera terminée, ce compte, accompagné de plusieurs cartons de justificatifs et du formulaire de comptes de campagne, devra être déposé devant une commission spécialisée, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), chargée de le valider.

Cette validation est cruciale : elle vous permettra d’obtenir le remboursement de vos frais de la part de l’Etat et un rejet aurait des conséquences pénales et financières lourdes.

Quelles dépenses et recettes peuvent être inscrites dans le compte de campagne ?

Qu’est-ce qu’une dépense électorale ?

Pour être électorale, une dépense doit remplir deux critères : être acceptée par le candidat et être réalisée dans l’optique d’obtenir de nouvelles voix.

Vous comprenez donc que l’achat de tracts, d’affiches, l’organisation d’une réunion publique ou la création d’un site internet sont des dépenses électorales.

La commission vérifiera que toutes les dépenses électorales et rien que les dépenses électorales figurent au compte, ni plus, ni moins.

Toutes les dépenses électorales

Contrairement au système électoral des Etats-Unis, les dépenses d’une campagne sont, en France, limitées (à peu près 66.000€ pour une élection législative). Le dépassement de ce plafond sera la principale cause de rejet de votre compte.

Pour ne pas dépasser ce plafond, certains candidats essayent de mettre sous le tapis des dépenses. C’est très risqué.

Vous devez prendre garde de n’omettre aucune de vos dépenses électorales. Grâce à son expérience, aux réseaux sociaux et à la presse, la commission aura facilement connaissance des dépenses omises. Elle les réintégrerait et votre compte risquerait de dépasser le plafond, entraînant son rejet.

Rien que les dépenses électorales

L’autre écueil est d’ajouter des dépenses qui ne sont pas électorales. En effet, certains candidats sont tentés de gonfler leur compte pour obtenir un remboursement plus important ou pour financer leur vie personnelle sur les fonds de leur campagne.

Votre hébergement, vos repas et ceux de votre équipe ne sont pas des dépenses électorales. Effectivement, ces dernières dépenses ne visent pas directement à obtenir de nouvelles voix.

Fait amusant, seule la moitié de vos costumes et tailleurs peut être incluse.

Ne confondez pas vie personnelle et campagne politique : n’achetez pas un appareil photo dernier cri sur les fonds de votre campagne en vous disant que vous le garderez après la campagne, sous prétexte qu’il vous fallait des photos de qualité. La commission retranchera ce type de dépenses superflues.

Si vous achetez du matériel, il faudra le revendre à la fin de la campagne et n’inscrire que la différence dans votre compte.

Qu’est-ce qu’une recette autorisée ?

Les recettes sont limitées aux dons des particuliers plafonnés à 4.600€ par campagne par personne, à l’apport du candidat, aux contributions des partis politiques et aux rares ventes de goodies.

Les entreprises et associations ne peuvent pas contribuer directement par des dons ou indirectement par des avantages à une campagne politique. Ce serait une cause de rejet immédiate du compte.

En cas de violation des règles encadrant les comptes de campagne, les candidats risquent des peines à la fois pénales, politiques et financières.

Quelles sanctions en cas de violation des règles ?

L’absence de remboursement de l’apport personnel

A la double condition d’obtenir au moins 5% des voix et la validation de votre compte de campagne, vous aurez droit au remboursement de votre apport personnel. Tel est l’enjeu principal pour le candidat, le remboursement de l’argent issu de son patrimoine qu’il a investi dans sa campagne.

En effet, vous et votre suppléant (ou colistiers) avez la possibilité de faire un apport financier pour mener votre campagne sur vos deniers personnels.

Si ce montant n’est pas plafonné par la loi, en pratique, les candidats n’apportent pas plus que ce qu’ils peuvent obtenir en remboursement de l’Etat, soit une somme proche 32.000€ pour une élection législative.

Si votre compte est rejeté par la commission, vous n’obtiendrez pas ce remboursement.

Prison et annulation de l’élection

De plus, vous risquez d’être condamné à une peine d’inéligibilité, ainsi qu’une peine d’amende de 3 750 € et d’un an d’emprisonnement.

Parce qu’un dépassement du plafond porte attente à l’égalité entre les candidats, votre élection pourrait être annulée.

Enfin, vous serez tenu de verser au Trésor Public une somme égale au montant de ce dépassement.

Les comptes ne seront à déposer qu’en août. Si vous êtes candidat, vous avez encore du temps pour  assurer la légalité de votre compte et vous éviter une avalanche de sanctions.

Mise en ligne : 06/06/2017

Rédigé par Gaspard de Monclin, avocat spécialisé en droit électoral, qui accompagne et conseille des candidats et des partis politiques.

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